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Actualités - Opinion

Une université fantôme

Que le désordre se manifeste chez nous à l’état endémique n’empêche guère les fragiles citoyens que nous sommes, machines pensantes magré nous, de rechercher à tout prix des signes de cohérence dans la réalité telle qu’on nous la fabrique. On a retenu, par exemple, de la grande expédition qui a mené, la semaine dernière, Rafic Hariri dans la Békaa pour s’y faire sacrer chef de l’opposition, outre l’image des moutons égorgés sur son passage, que le magnat de la construction – et reconstruction – avait posé la première pierre d’une université, dénommée «libano-syrienne», qui recevrait dès l’an prochain 5 000 étudiants, et s’élèverait sur un terrain de 50 000 mètres carrés, offert par l’ancien Premier ministre lui-même. Celui-ci a même inauguré une plaque commémorant cet acte solennel, que la presse a fidèlement enregistré et diffusé. Mais non. Le lendemain même, l’événement était frappé de nullité et, à peine survenu, devenait aussitôt un non-événement, en raison notamment des réactions de mécontentement de Damas, à qui l’on voulait pourtant complaire. Notre propos n’est pas de nous prononcer sur le fond de cette affaire (le Liban a-t-il besoin d’une 17e universités, les 5 000 étudiants annoncés pour l’année prochaine, comment les créer et ainsi de suite ?), mais de nous plaindre, par exemple, gentiment de M. Abdelrahim Mourad, homme d’affaires et député, inspirateur, instigateur et organisateur de cet impromptu de la Békaa. Non, sûrement, que ce soit un méchant homme, mais parce que tout ce qui tourne court, tourne mal ou ne tourne pas du tout pour cause de désorganisation, nous renvoie à des plaies que nous connaissons trop bien. Mais il serait injuste de n’imputer les à peu près et l’improvisation qui ont conduit à ce faux-vrai événement qu’à M. Mourad. Rafic Hariri porte bien sa part de responsabilité dans la pose d’une première pierre sans lendemain qui fut, après tout, le prétexte de son grand meeting électoral. Faisons-lui l’amabilité de penser que, tout pris par l’idée de sa reconquête, il pécha par distraction...
Que le désordre se manifeste chez nous à l’état endémique n’empêche guère les fragiles citoyens que nous sommes, machines pensantes magré nous, de rechercher à tout prix des signes de cohérence dans la réalité telle qu’on nous la fabrique. On a retenu, par exemple, de la grande expédition qui a mené, la semaine dernière, Rafic Hariri dans la Békaa pour s’y faire sacrer chef de l’opposition, outre l’image des moutons égorgés sur son passage, que le magnat de la construction – et reconstruction – avait posé la première pierre d’une université, dénommée «libano-syrienne», qui recevrait dès l’an prochain 5 000 étudiants, et s’élèverait sur un terrain de 50 000 mètres carrés, offert par l’ancien Premier ministre lui-même. Celui-ci a même inauguré une plaque commémorant cet acte...