Le «commandant» Khattab, qui dirige «l’Armée islamique du Daguestan» et mène la «guerre sainte» contre Moscou dans cette république du Caucase, a commencé sa lutte contre les Russes il y a une quinzaine d’années en Afghanistan. Citoyen jordanien, établi en Tchétchénie depuis la guerre d’indépendance (1994-1996) contre les Russes, Khattab est l’un de ces volontaires arabes qui s’est battu sur de nombreux fronts au nom de la défense des intérêts de l’islam. Khattab est né il y a environ 35 ans en Jordanie, où vit sa famille. Après ses études secondaires, il va aux États-Unis mais quitte rapidement l’université et part en Afghanistan combattre les Russes. Il se rend ensuite au Tadjikistan, en 1992, pour se battre aux côtés de l’opposition islamiste contre le régime de Douchanbe et, en 1995, rejoint la Tchétchénie où il devient une grande figure de la guerre pour l’indépendance. Ses embuscades dans les montagnes contre les colonnes de blindés russes lui valent l’admiration des combattants tchétchènes et l’amitié de l’un de leurs commandants, Chamil Bassaïev, qui vient de le nommer à la tête de «l’Armée islamique du Daguestan». Marié à une Daguestanaise, père d’un enfant, Khattab partage avec Bassaïev le rêve de réunir en un seul État islamique la Tchétchénie et le Daguestan voisin. Fin 1997, alors que la guerre de Tchétchénie est finie depuis longtemps, Khattab dirige un commando de wahhabites (extrémistes islamistes) qui attaque une caserne russe à Bouïnaksk, au Daguestan, à 100 km de la frontière avec la Tchétchénie. Le commando met le feu à plusieurs tanks, à des camions et à un dépôt de carburant avant de regagner la Tchétchénie. Le visage mangé par une grande barbe noire, les cheveux longs et la tête couverte d’un béret orné d’inscriptions en arabe à la gloire d’Allah, Khattab est un personnage mystérieux, identifié par son seul prénom et dont le nom de famille reste inconnu. Selon le spécialiste américain Yossef Bodansky, ancien conseiller du département d’État, Khattab a combattu dans plusieurs pays arabes et aurait participé à des attentats contre des cibles israéliennes et françaises. Il aurait formé non seulement des Tchétchènes et des Daguestanais mais aussi des Algériens et des Français d’origine arabe dans le centre d’entraînement qu’il dirige à Serjen-Iourt, dans le district montagneux de Vedeno, près du Daguestan, selon la même source. Le «commandant» Khattab n’a pas que des amis : depuis son arrivée en Tchétchénie en 1995, il a échappé à trois attentats, le dernier en date en 1998. Ses rapports parfois conflictuels avec les autorités tchétchènes se sont nettement améliorés ces derniers mois. En décembre dernier, Grozny annonçait vouloir l’expulser pour que la Tchétchénie ne devienne pas «un vivier de terroristes». La semaine dernière, le représentant de la Tchétchénie en Russie, Maïrbek Vatchagaïev, déclarait à la revue Vlast : «Nous n’avons pas de problèmes avec Khattab. C’est un homme normal, qui respecte la loi».
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