Javier Solana est un fin politique qui a su gérer avec doigté la guerre menée avec succès par l’Alliance atlantique contre la Yougoslavie. Pendant les onze semaines de campagne aérienne de mars à juin, cet Espagnol affable et souriant a arrondi les angles entre les 19 pays membres de l’Alliance, qui étaient loin d’être tous d’accord sur la conduite de l’opération. «Il a bien géré la crise en écoutant les gens, en respectant les prérogatives des “grands” pays de l’Alliance tout en sachant ménager la susceptibilité des “petits”», estime un diplomate. «Il a beaucoup de doigté. Il sent les choses. Il a aidé les leaders des pays membres de l’Alliance à gérer leurs opinions publiques pendant la guerre, en écrivant par exemple des articles dans la presse locale pour montrer que l’Otan prenait en compte leurs inquiétudes», ajoute-t-il. S’il laisse un bon souvenir à l’Otan, Javier Solana, âgé de 57 ans, ne partira sans doute pas avec trop de regrets. «La grosse machine technocratique qu’est l’Otan ne correspond pas à son tempérament. C’est un animal politique. Ce qu’il aime, c’est monter des coups», estime un diplomate. Pendant les quatre ans de son mandat, il a accompagné les mutations de l’Alliance qui, après les doutes consécutifs à la fin de la guerre froide, s’est transformée de facto en «gendarme de l’Europe» au Kosovo. De 1995 à 1999, M. Solana a supervisé la première mission de paix accomplie par l’organisation militaire en Bosnie, conduit le premier élargissement de l’Otan à l’Europe de l’Est avec l’intégration de la Pologne, la République tchèque et la Hongrie, et négocié un Acte fondateur avec la Russie, conclu en mai 1997, «le moment le plus difficile et le plus passionnant», confie-t-il. En décidant d’entrer en guerre le 24 mars contre la Yougoslavie, Javier Solana a remisé ses anciennes convictions pacifistes des années 1970-1980, à l’époque où il défilait contre l’intégration de l’Espagne au sein de l’Otan. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir parfois trop «collé» aux positions américaines et de pratiquer en public la «langue de bois». Ils soulignent aussi son manque d’initiative pour aider au développement d’une défense européenne au sein de l’Alliance atlantique accepté en juin 1996, mais resté jusqu’à maintenant sans grande concrétisation. Chargé désormais de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne (PESC), il aura besoin de tous ses talents de diplomate pour donner corps à ce concept de défense européenne, qui ne cesse de hanter l’Europe depuis près de cinquante ans. Avant de s’installer à Bruxelles, ce descendant de républicains espagnols a occupé toute une série de postes ministériels en Espagne au sein des gouvernements socialistes de Felipe Gonzalez (la Culture en 1982, l’Éducation et les Sciences en 1988 et les Affaires étrangères en 1992). Depuis 1964, date à laquelle il a rejoint les Jeunesses socialistes, il est toujours resté fidèle à sa famille politique. Ce fils de famille de la haute bourgeoisie, titulaire d’un doctorat en physique, avait été expulsé de l’université pour son opposition au régime franquiste avant d’aller étudier en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Javier Solana est un fin politique qui a su gérer avec doigté la guerre menée avec succès par l’Alliance atlantique contre la Yougoslavie. Pendant les onze semaines de campagne aérienne de mars à juin, cet Espagnol affable et souriant a arrondi les angles entre les 19 pays membres de l’Alliance, qui étaient loin d’être tous d’accord sur la conduite de l’opération. «Il a bien géré la crise en écoutant les gens, en respectant les prérogatives des “grands” pays de l’Alliance tout en sachant ménager la susceptibilité des “petits”», estime un diplomate. «Il a beaucoup de doigté. Il sent les choses. Il a aidé les leaders des pays membres de l’Alliance à gérer leurs opinions publiques pendant la guerre, en écrivant par exemple des articles dans la presse locale pour montrer que l’Otan prenait en...