Le Japon se prépare à adopter la pilule contraceptive, toujours objet de méfiance et de polémique malgré sa généralisation en Occident, où elle a révolutionné la vie des femmes il y a près de quarante ans. Le feu vert à l’introduction de la pilule faiblement dosée a été donné la semaine dernière par le Conseil central de pharmacologie, un organisme consultatif auprès du gouvernement. Le ministre de la Santé, Sohei Miyashita, devrait suivre cet avis et accorder son agrément à la pilule, qui pourrait être alors disponible, sur ordonnance, dans les pharmacies à la fin de l’été. «C’est une grande nouvelle que cette méthode efficace de contraception soit enfin disponible au Japon», s’est félicitée la féministe Midori Ashida, qui a mené la croisade pour la pilule. «Le ministère de la Santé doit s’excuser pour avoir trompé le public, pendant toutes ces années, sur la sécurité et les risques de la pilule», a-t-elle ajouté, en appelant à une forte amélioration de l’éducation sexuelle de ses compatriotes. Le Japon était fréquemment montré du doigt lors des grandes réunions internationales de santé publique pour être le dernier grand pays industrialisé à ne pas avoir accordé ce moyen contraceptif aux femmes, malgré son efficacité reconnue. Les États-Unis l’ont accepté dès 1960. Les mouvements féministes avaient également fait monter la pression en janvier, choqués de voir le Viagra, un médicament contre l’impuissance des hommes, approuvé par le gouvernement après seulement six mois d’examen. «Cela prouve que le Japon est toujours une société dominée par les hommes», avait regretté Kunio Kitamura, directeur du Planning familial. Record d’IVG En fait, Tokyo avait été à deux doigts d’approuver la pilule en 1965. Mais le processus avait brutalement pris fin, les autorités arguant du manque de certitudes médicales sur les effets secondaires. Il avait repris en 1990, avec un essai sur 5 000 femmes et le dépôt de demandes d’agrément par neuf groupes pharmaceutiques. Aujourd’hui encore, nombre de professionnels de la médecine prônent toujours la prudence vis-à-vis de la pilule et restent circonspects devant les recherches médicales menées sur elle à l’étranger. Le préservatif masculin reste ainsi le premier contraceptif des Japonais. Mais l’absence de la pilule pour les femmes explique, selon le Planning familial, «le grand nombre d’avortements et de naissances non désirées constaté au Japon». Avec 338 000 interruptions volontaires de grossesse officiellement enregistrées en 1997, il est estimé qu’entre 20 et 30 % des grossesses seraient interrompues artificiellement dans le pays. Certains accusent le lobby des médecins pratiquant l’avortement, une opération lucrative, d’avoir freiné l’approbation de la pilule. Parmi les autres raisons données pour expliquer la répugnance des pouvoirs publics figurent la crainte qu’une libéralisation accrue des mœurs fasse progresser les maladies sexuellement transmissibles (MST) et que la pilule n’aggrave encore les perspectives d’«une société sans enfant». Le Japon souffre d’être l’un des pays les plus âgés du monde, conjuguant la plus forte espérance de vie et un taux de natalité très faible. Seul un peu plus d’un million de bébés sont nés en 1997 pour 125 millions d’habitants. La pilule, qui ne sera pas remboursée, va représenter un marché de choix pour les géants de la pharmacie puisque le Japon compte 30 millions de femmes entre 15 et 49 ans.
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