Portraits de Pouchkine omniprésents, «Onéguine» récité à la télévision vers après vers depuis des mois, petits Pouchkines en chocolat ou en poupées russes... une véritable pouchkinomania s’est emparée de la Russie à la veille du bicentenaire de son poète préféré. La tignasse frisée d’Alexandre Pouchkine, familière aux Russes dès leur plus tendre enfance, orne ces jours-ci presque toutes les vitrines, aussi bien celles des pharmacies que des boucheries, de même que les boîtes d’allumettes, les bouteilles de vodka et même les cartes de crédit qui l’arborent comme un label de qualité. D’immenses panneaux reproduisent à tous les coins de rue tel vers ou tel quatrain du poète. «Vive le soleil! Que la nuit disparaisse! Signé Alexandre Pouchkine», peut-on lire sur un panneau à l’entrée de Moscou. Ailleurs d’autres disent simplement : «Pouchkine Passion», «Pouchkine Amour». «Le profil de Pouchkine sert maintenant de logo commercial et ses vers de slogans publicitaires», se plaint un professeur de littérature dans l’hebdomadaire Argumenty i Facty. «Pouchkine est notre Tout», disent les Russes, qui connaissent dans les moindres détails la vie et la mort tragique, à l’âge de 37 ans, du poète, dramaturge et romancier mais aussi coureur de jupons et joueur. La balle et le bouton Si d’Anthès, un dandy français qui l’a tué en duel en 1837 «avait mis un autre pantalon avant d’aller se battre avec Pouchkine», le sort de la Russie n’aurait pas été le même, affirme même l’hebdomadaire Ogoniok. Car nul n’ignore que Pouchkine, qui avait tiré le premier, a raté son coup, sa balle ayant ricoché sur le bouton du pantalon de son rival. À Moscou, quatre immeubles se disputent le droit d’être appelés Maison natale de Pouchkine» et une dizaine d’autres se veulent «Maison visitée par Pouchkine». Toutes revendiquent à ce titre des subventions. Rien qu’à Moscou 88 millions de roubles (3,5 millions de dollars) seront dépensés pour les fêtes de Pouchkine ce week-end. En province, la pouchkinomania bat aussi son plein. À Vladivostok, en Extrême-Orient, un homme qui n’avait jusqu’à présent jamais écrit un seul vers, s’est enfermé depuis 20 jours pour composer 200 poèmes à la gloire de Pouchkine. Récompense : 10 000 dollars. Un habitant d’Arkhanguelsk a hypothéqué son appartement pour éditer son livre Pouchkine à Arkhanguelsk, bien que le poète n’ait jamais mis les pieds dans cette ville du nord. L’histoire concerne en fait quelques-uns de ses... 219 descendants. Compte à rebours Pas moins de 10 000 Russes, originaires de 200 villes, ont testé leur connaissance des faits et gestes du poète dans un jeu télévisé retentissant dont la finale est prévue dimanche soir en direct sur la chaîne ORT. Cette chaîne, rebaptisée dimanche «Chaîne Pouchkine», diffusera des programmes sur le poète pendant 24 heures d’affilée. ORT a été d’ailleurs la première à déclencher cette pouchkinomania, avec un compte à rebours quotidien annonçant dès le matin : «X jours nous séparent de l’anniversaire d’Alexandre Pouchkine». Cette rengaine a suscité des blagues. On raconte ainsi dans tout Moscou celle de la mère de Pouchkine qui vient annoncer à son mari : «Mon chéri, neuf mois nous séparent de la naissance d’Alexandre Pouchkine». Le cas de Pouchkine qui est l’objet d’une ferveur populaire, jamais affaiblie par les diverses tentatives de déification officielle, est un cas unique. Quasiment élevé au rang de «saint» par Staline, le culte de Pouchkine a dépassé toutes les bornes au moment du centenaire de sa mort, en 1937, pourtant année noire marquée par les purges contre les intellectuels. À la fin du communisme, le petit buste de Pouchkine viendra remplacer celui de Lénine sur les bureaux de chefs d’entreprises. Le président Boris Eltsine cherchera à son tour à se rapprocher du symbole national en signant la préface de dernière édition des œuvres complètes de Pouchkine, parue ces jours-ci. «Vivre dans un pays sans héros aurait été encore plus difficile que de vivre sans salaire», ironise Argumenty i Facty.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Portraits de Pouchkine omniprésents, «Onéguine» récité à la télévision vers après vers depuis des mois, petits Pouchkines en chocolat ou en poupées russes... une véritable pouchkinomania s’est emparée de la Russie à la veille du bicentenaire de son poète préféré. La tignasse frisée d’Alexandre Pouchkine, familière aux Russes dès leur plus tendre enfance, orne ces jours-ci presque toutes les vitrines, aussi bien celles des pharmacies que des boucheries, de même que les boîtes d’allumettes, les bouteilles de vodka et même les cartes de crédit qui l’arborent comme un label de qualité. D’immenses panneaux reproduisent à tous les coins de rue tel vers ou tel quatrain du poète. «Vive le soleil! Que la nuit disparaisse! Signé Alexandre Pouchkine», peut-on lire sur un panneau à l’entrée de Moscou....