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Actualités - Chronologie

Business et guerre font bon ménage

Le sens légendaire du commerce des Albanais n’a pas failli à sa réputation : on trouve presque tout dans le camp de réfugiés du Kosovo de Cegrane, fruits et légumes vendus en toute légalité, mais aussi cigarettes, lunettes et vêtements exposés à la sauvette devant des tentes. «Photo express, photo express», clame un jeune homme en parcourant les allées de cet immense camp de 40 000 réfugiés dans l’ouest de la Macédoine. Il a trouvé un bon filon : pour 3,5 marks, il fait poser les familles devant leurs tentes et le cliché qui sort instantanément sera envoyé aux parents en Allemagne ou ailleurs en Europe, pour leur donner des nouvelles et les rassurer. Il affirme effectuer dix photos par jour. Dès l’entrée du camp, deux coiffeurs du village voisin juchent en un tour de main des gamins sur des tabourets, les enroulent dans une toile cirée et les coiffent à la va-vite. «Plus court», rouspète une maman qui explique ensuite que l’absence de douches impose des cheveux très courts. La coupe coûte un mark et des dizaines d’enfants affluent. La famille de Hassim Naim Gelal tient le haut du pavé : une échoppe en dur ouverte de sept heures du matin à dix heures du soir, pour laquelle il paie au ministère de l’Intérieur une taxe de 10 à 15 marks par semaine. «On vend surtout du sucre, des légumes, du thé, les gens veulent améliorer leur ordinaire», explique-t-il en reconnaissant que ses prix sont supérieurs à ceux qui se pratiquent hors du camp. Il vend presque de tout pour 300 à 600 marks par jour : Coca-Cola, dentifrice, légumes, cigarettes, café en sachet, chocolat, éponges, savon, etc. Florentina, une adolescente de 15 ans qui lui achète trois tomates pour 20 denars (environ 0,7 mark), explique que «la nourriture que le camp fournit est toujours la même, du pain, thon en conserve, de la viande en boîte». Pour Besime, une mère de famille d’une cinquantaine d’années, c’est «jour de fête» et elle achète tomates, oignons, concombres, poivrons rouges, Coca-Cola. Une cousine, Anifer, est venue en visite du chef-lieu voisin de la communauté d’origine albanaise, Tetovo. Sous la tente, une dizaine de membres de sa famille discutent en chaussettes. Valon, un élève de 15 ans, attend toujours son père et sa mère bloqués au Kosovo. «Nous sommes partis avec quelques économies, nous avons de quoi acheter chaque jour un peu de nourriture car nous ne faisons plus confiance à celle du camp. Hier, il y avait des conserves de porc», interdit aux musulmans, dit Besime, qui a acheté il y a une semaine le réchaud de gaz sur lequel elle prépare son repas de fête. Il ne faut surtout pas croire Mohammed Halili et Nouriman Husseini, les deux jeunes de 20 ans qui lui ont vendu ce réchaud pour dix marks, lorsqu’ils assurent en chœur qu’ils ne font pas de bénéfices et peinent à expliquer comment ils s’approvisionnent en tee-shirts, survêtements Nike, lunettes de contrebande et cigarettes. Certains stands de fortune bénéficient de la bienveillance des gardiens macédoniens du camp, mais deux chômeurs de la ville voisine de Gostiva, le coffre de la voiture bourré de bouteilles de Coca-Cola, assurent avoir payé leur taxe. Et puis, il y a le commerce vraiment clandestin, comme celui de «pacha» Osman, un réfugié édenté d’une quarantaine d’années. «Plusieurs fois par semaine, je sors du camp par les collines derrière et vais acheter des cigarettes, des rasoirs, éponges, bougies, dans le village», qu’il revend environ 10 dinars (0,35 mark) plus cher.
Le sens légendaire du commerce des Albanais n’a pas failli à sa réputation : on trouve presque tout dans le camp de réfugiés du Kosovo de Cegrane, fruits et légumes vendus en toute légalité, mais aussi cigarettes, lunettes et vêtements exposés à la sauvette devant des tentes. «Photo express, photo express», clame un jeune homme en parcourant les allées de cet immense camp de 40 000 réfugiés dans l’ouest de la Macédoine. Il a trouvé un bon filon : pour 3,5 marks, il fait poser les familles devant leurs tentes et le cliché qui sort instantanément sera envoyé aux parents en Allemagne ou ailleurs en Europe, pour leur donner des nouvelles et les rassurer. Il affirme effectuer dix photos par jour. Dès l’entrée du camp, deux coiffeurs du village voisin juchent en un tour de main des gamins sur des tabourets, les...