La musique est faite pour être entendue, dirait M. de La Palice. Bien entendu, mais encore faudrait-il comprendre le langage musical, qu’il n’est point nécessaire de savoir parler pour apprécier. Faire comprendre et aimer la musique, tel doit être le but des éducateurs, non pas destiné aux musiciens de profession, mais à tout un chacun qui consent à suivre ce voyage aux pays des merveilles. Voyage confortable et divertissant. Cet art est accessible à tous et ne s’adresse qu’au cœur. Se laisser émouvoir par une belle mélodie vaut mieux que savoir analyser une fugue. Mais il est hélas, de par le monde, des hommes qui déclarent ne point aimer la musique. À ces réfractaires on peut répondre avec Eugène Ysaye : «Celui qui n’aime pas est moins riche que celui qui aime». Il existe aussi certains dilettantes persuadés d’avoir le droit de critiquer la musique. Ils émettent souvent des jugements pour le moins surprenants, telle cette «gente dame» qui demandait, en faisant la moue : «Vous aimez cela, vous, les œuvres de Bach ? Toutes ces doubles croches qui ont l’air de se poursuivre ?». À cette aimable personne, on ferait comprendre l’art si vivant, si émouvant, si monumental de Jean-Sébastien Bach. On lui apprendrait à admirer ces cathédrales, dont les pierres ne sont que d’humbles doubles croches, en effet. Et à ce banquier qui, en entendant un violoniste se déclarer possesseur d’un violon ancien, s’exclamait : «Le malheureux! Si je lui offrais un instrument neuf ?» On montrerait la rare beauté des vieux violons sortis des mains des Stradivarius et des Guarnerius, ces merveilleux artisans crémonais du XVIIe siècle. Enfin, il existe une catégorie d’amateurs épris de musique ancienne, classique, romantique, voire impressionniste, dont les oreilles se ferment obstinément à la musique moderne qu’ils écoutent avec les oreilles de leurs grands-parents! Pour leur rendre accessible la musique d’aujourd’hui, en démontrant comment chaque compositeur nouveau apporte une note nouvelle, personnelle, à un art vivant, qu’il suffit de cultiver pour en sonder les mystères. Le parcours musical est comme une randonnée où il faut faire des haltes pour pouvoir assister aux réunions à la fois solennelles et naïves des maîtres-chanteurs de Nuremberg; ou se pencher sur la lutte surhumaine d’un Beethoven frappé de surdité; ou alors participer aux joyeuses équipées des amis de Schubert, s’égaillant à travers la riante campagne viennoise. Il ne faudra pas oublier la valse giratoire, ni l’opérette sémillante, ni le jazz, si représentatif de notre époque dynamique, violente et agressive. Il faut aimer la musique sans nous submerger de fatras historiques, sans nous infliger des séries de dates aussi rebutantes qu’ennuyeuses, l’aventure musicale sera, pour beaucoup, le premier abécédaire, très simple mais séduisant lever de rideau sur un décor d’une richesse inépuisable. Puisse cet article convaincre les lecteurs de l’intérêt qu’ils auraient à accorder à la musique une place plus grande dans leur existence. Qu’ils soient tentés d’aller plus souvent au concert, afin d’écouter les œuvres de ces compositeurs. Qu’ils écoutent des enregistrements chez eux, répétant à loisir certains passages dont le sens, d’abord obscur, se révélera progressivement à eux. Que les enfants apprennent à chanter; la joie, «cette flamme prise au front des dieux». Peut-être même se trouvera-t-il quelques lecteurs pour imiter ce fameux milliardaire américain qui estimait qu’on peut encore, à quatre-vingts ans, apprendre à jouer d’un instrument de musique. Quoi qu’il en soit, il faut toujours laisser chanter cette musique qui doit, d’après Beethoven, «aller du cœur aux cœurs».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La musique est faite pour être entendue, dirait M. de La Palice. Bien entendu, mais encore faudrait-il comprendre le langage musical, qu’il n’est point nécessaire de savoir parler pour apprécier. Faire comprendre et aimer la musique, tel doit être le but des éducateurs, non pas destiné aux musiciens de profession, mais à tout un chacun qui consent à suivre ce voyage aux pays des merveilles. Voyage confortable et divertissant. Cet art est accessible à tous et ne s’adresse qu’au cœur. Se laisser émouvoir par une belle mélodie vaut mieux que savoir analyser une fugue. Mais il est hélas, de par le monde, des hommes qui déclarent ne point aimer la musique. À ces réfractaires on peut répondre avec Eugène Ysaye : «Celui qui n’aime pas est moins riche que celui qui aime». Il existe aussi certains dilettantes...