Jacques Assouad, ancien critique littéraire au Nahar Littéraire, se penche sur la F.M. de Radio-Liban dont les tuners modernes ne captent plus les ondes. Je connais Radio-Liban (96. 2 MH) du temps où elle était appelée F.M. tout court. Ce temps de limitation, si peu porté que je sois à la nostalgie, il m’arrive à présent de le regretter. J’y pense comme à un premier amour qu’on ne peut appauvrir, parce que la pauvreté est son origine et son mode d’existence. Sans vouloir défendre le monopole d’État, je pense qu’une institution dégagée des contraintes commerciales a toutes les chances de jouer le rôle culturel, et de divertissement, qui lui incombe si, du moins, elle est dotée d’un émetteur fiable. Ce qui n’est pas le cas, maintenant, car on a beau chercher: les tuners modernes qui requièrent un minimum l’audibilité ne captent plus Radio-Liban. Force est de ressortir les vieux récepteurs à aiguille fonctionnant manuellement. À travers un voile de parasites, j’ai pu retrouver «Vous avez dit musique?» de Joe Lteif, dont le titre, coquettement changé («Vraiment! Vous avez dit musique?») ne me gêne pas. J’y ai pu écouter un quatuor de Beethoven interprété, si j’ai bien deviné, par le quatuor Alban-Berg. Joe Lteif, c’était mon école buissonnière ; mes premiers pas de mélomane ont été guidés par les cassettes de ses émissions que j’ai pu enregistrer. La musique, dite à présent savante, s’y trouve arrêtée juste avant la musique atonale, c’est-à-dire juste avant la seconde école de Vienne, exception faite, si je ne m’abuse, d’une approche hésitante, dans une autre radio, disparue elle pour de bon, de l’œuvre de Schoenberg. Mais la facilité, presque pédagogique de son approche et la variété de ses choix, dans les limites qu’il s’est prescrit, prouvent, bel et bien, qu’il y met du sien. Autre présentateur qui y mettait du sien: Joe Rihane. Il passait «nos» chansons, le meilleur qui se pût choisir de la musique pop, quand partout ailleurs, et à Radio-Liban même, on n’avait droit qu’à la diffusion matraqueuse des derniers tubes à l’eau de rose de quelques chanteurs de charme. Passionnée comme eux, mais d’une façon, je dirai, détachée, à la limite de l’impersonnel, tellement elle s’effaçait, avec un ton plutôt sec, devant la musique qu’elle présentait: Wafa Khochen. Dans «Contact», elle déployait une très forte envergure, digne des plus grands «radioteurs» internationaux. Je ne sais plus si elle y est toujours, je l’espère quand même surtout pour les nouvelles générations d’amateurs de musique pop. Le souvenir que j’en garde est celui d’une présentatrice qui me donne à écouter, non pas ce que j’aime déjà, mais ce que j’aurais dû aimer. La réorganisation des médias nous a déjà fait perdre un autre point d’ancrage radiophonique (Écho Beyrouth). Une mesure positive est à prendre en ce qui concerne Radio-Liban: renforcer l’émetteur actuel ou bien le remplacer par un autre plus performant. Est-ce trop demander?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jacques Assouad, ancien critique littéraire au Nahar Littéraire, se penche sur la F.M. de Radio-Liban dont les tuners modernes ne captent plus les ondes. Je connais Radio-Liban (96. 2 MH) du temps où elle était appelée F.M. tout court. Ce temps de limitation, si peu porté que je sois à la nostalgie, il m’arrive à présent de le regretter. J’y pense comme à un premier amour qu’on ne peut appauvrir, parce que la pauvreté est son origine et son mode d’existence. Sans vouloir défendre le monopole d’État, je pense qu’une institution dégagée des contraintes commerciales a toutes les chances de jouer le rôle culturel, et de divertissement, qui lui incombe si, du moins, elle est dotée d’un émetteur fiable. Ce qui n’est pas le cas, maintenant, car on a beau chercher: les tuners modernes qui requièrent un minimum...