Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Courrier A qui appartient le pavé de Beyrouth ? (photos)

Les «Nuits de Foch-Allenby» nous étaient apparues comme une bonne idée, une occasion de donner déjà vie au centre-ville en reconstruction. «L’ambiance est très sympa», nous avait-on dit. «Il y a plein de petites boutiques et cafés, et même des jeunes qui ont installé leurs étalages par terre. Vous devriez y aller un soir pour exposer vos colliers!» En effet, ma cousine et moi, toutes deux étudiantes, avons la passion commune des colifichets: nous en fabriquons pour le plaisir, quand nos études nous en laissent le temps, et les vendons quand l’occasion se présente. L’occasion était là: au bout d’une journée de travail pour agrandir note stock, nous avons débarqué à la rue Foch avec nos créations. Au bout d’une demi-heure, deux responsables de Solidere venaient nous prier de remballer nos affaires pour la raison que nous ne nous étions pas inscrites pour participer à «l’exposition». Pleine de bonne volonté, je reconnais que nous ne savions pas que c’était nécessaire. On me répond: «Il faut payer pour avoir un stand». Un stand ?? Voici comment nous étions installées: au bord de la rue, devant une vitrine vide (nous avions choisi un magasin non encore construit afin de ne pas gêner), nos affaires sur une serviette posée sur les pavés, et nous assises dans la poussière, au point qu’il avait fallu mettre nos cahiers sous nos pantalons tellement c’était sale. Je réponds tout de même: «Est-ce que nous pouvons payer maintenant? Nous voulons rester pas plus que deux heures, et seulement aujourd’hui». «Nous n’avons pas de programme pour un soir seulement». En un mot, nous fûmes jetées dehors. Et je ne peux m’empêcher de me poser des questions. Les rues du centre-ville sont-elles propriété privée? Logiquement, elles devraient faire partie du domaine public. Après tout, elles sont faites pour marcher dessus, et jusqu’à nouvel ordre aucun péage ne va y être installé pour les piétons. Puisqu’on peut y marcher, pourquoi ne peut-on pas s’y asseoir pour vendre des choses qu’on a faites soi-même? Aux États-Unis, en France et ailleurs, vous verrez des gens profiter de ces rues qui sont les leurs pour gagner quelques sous, en vendant, mimant, jouant de la musique. Y a-t-il un paragraphe dans notre Constitution qui stipule qu’il est interdit de vendre dans les rues? Mais alors qu’attend-on pour poursuivre en justice tous ces légumiers ambulants et marchands de «caak»? Mais non, je me trompe, les rues appartiennent à Solidere. «Ils» les ont reconstruites, ils ont donc tous les droits. Admettons. Dans ce cas, j’aimerais que l’on m’explique en quoi deux jeunes filles, essayant de placer quelques articles artisanaux, peuvent représenter une quelconque menace pour la société. J’ai beau chercher, la seule explication serait que nous risquerions d’abîmer le pavé, à y rester trop longtemps assises (deux heures, il n’y a pas à dire, c’est scandaleux). Car j’ai posé la question au jeune homme qui avait pris un «stand» (c’est-à-dire un carré de pavé poussiéreux, comme nous): la «location» pour toute la durée des nuits lui a coûté 400$, soit plus de 10$ par soirée. Eh oui, il faut bien les réparer, ces pavés qu’il use! Le fait navrant est que tout doit à présent passer par l’argent dans ce milieu-là. Et tout ce joli monde passe complètement à côté de l’esprit des événements comme les ruits de Foch-Allenby. Une fois nos affaires remballées, nous avons voulu faire un tour dans la rue, histoire de n’avoir pas tout perdu. Mais nous n’avons rien vu d’intéressant: leur cher «programme» a fait fuir tous les petits commerces folkloriques et les stands de jeunes qui rendent d’autres expositions, comme Souk el-Barghout, si sympathiques. Il n’y a, à Foch-Allenby, que les boutiques et les cafés qui s’y trouvent en permanence. Il faut donc à présent m’expliquer quel intérêt cet événement présente encore.
Les «Nuits de Foch-Allenby» nous étaient apparues comme une bonne idée, une occasion de donner déjà vie au centre-ville en reconstruction. «L’ambiance est très sympa», nous avait-on dit. «Il y a plein de petites boutiques et cafés, et même des jeunes qui ont installé leurs étalages par terre. Vous devriez y aller un soir pour exposer vos colliers!» En effet, ma cousine et moi, toutes deux étudiantes, avons la passion commune des colifichets: nous en fabriquons pour le plaisir, quand nos études nous en laissent le temps, et les vendons quand l’occasion se présente. L’occasion était là: au bout d’une journée de travail pour agrandir note stock, nous avons débarqué à la rue Foch avec nos créations. Au bout d’une demi-heure, deux responsables de Solidere venaient nous prier de remballer nos affaires pour la...