L’Italien Marco Pantani a fait chavirer le Tour de France, lundi, au terme d’une étape dantesque courue sous une pluie battante et dans laquelle l’Allemand Jan Ullrich a totalement sombré. Parti à l’abordage du maillot jaune dans le mythique col du Galibier (2.645 mètres), «Il Pirata» s’est emparé de la précieuse tunique, terminant seul pour la victoire d’étape au sommet de la montée vers les Deux Alpes. Dans la station alpine, Pantani réussit un doublé magnifique et peut espérer rejoindre dans l’Histoire son illustre aîné Fausto Coppi, seul Italien à avoir remporté le Giro et le Tour de France la même année. Au-delà de son exploit personnel, il ranime une compétition asphyxiée par les affaires de dopage depuis deux semaines. Le nouveau patron de la Grande boucle compte désormais une avance de 3’53’’ sur l’Américain Bobby Julich qui a profité de la terrible défaillance d’Ullrich. L’Allemand, dépassé dans les lacets du Galibier, victime d’une crevaison dans la descente, à la dérive dans la dernière ascension, atteignait la ligne avec près de neuf minutes de retard, escorté par ses deux coéquipiers d’infortune Bjarne Riis et Udo Bolts. Au général, le prodige allemand, redevenu en deux cols un coureur comme les autres, rétrograde à la quatrième place à 5’56’’ de Marco Pantani. Dire qu’Ullrich a perdu le Tour 98 sur une seule étape est sans doute prématuré mais, désormais, Pantani possède une avance substantielle qui peut lui permettre d’envisager avec optimisme le contre-la-montre du Creusot à la veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées. L’Italien, qui avait remporté le Giro en mai, endosse pour la première fois de sa carrière le maillot jaune et ouvre la perspective au sacre d’un pur grimpeur, le premier depuis celui de Lucien Van Himpe en 1976. Le calvaire de Jan Ullrich Car dans cette journée où la pluie et le brouillard se liguèrent contre les coureurs, l’Italien, si souvent malmené par le sort, a démontré qu’il était le plus fort du peloton. Cette étape, taillée à sa mesure, il l’abordait avec une science parfaite, se contentant de passer tranquillement le col de la Croix de Fer dans le sillage de ses rivaux. Devant, le porteur du maillot à pois Rodolphe Massi s’échinait à défendre son bien en compagnie du Français Christophe Rinero. Pantani patientait encore toute la montée du Télégraphe et saisissait sa chance sur une nouvelle attaque de Luc Leblanc, grand animateur de la première partie de course. Sur les terribles pentes du Galibier, le meilleur grimpeur du monde s’envolait, reprenait un à un tous ceux qui le précédaient et parvenait même à les lâcher avant le sommet où il comptait déjà 2’50’’ sur Ullrich. Mais pour que la démonstration de Pantani soit complète il fallait que le sort le menace un instant. Dans la descente, il était obligé de s’arrêter pour enfiler un imperméable. Ce mal était finalement un bien car, rejoint par Fernando Escartin, Massi et Rinero, il bénéficiait de leur aide et atteignait le pied de l’ultime ascension en position de maillot jaune virtuel. La dérive d’Ullrich n’aurait pas été totale sans une crevaison au pire moment. La deuxième après celle dans l’ascension du Plateau de Beille où Pantani avait déjà triomphé. Julich profitait de l’occasion pour sortir de sa réserve et enfin attaquer. L’Américain effectuait une fin de course pénible et terminait avec 5’43 de retard sur l’Italien mais il sauvait sa deuxième place. Bien plus loin, alors que la pluie redoublait, Ullrich se présentait dans la roue de Bolts et Riss, le visage déformé par la souffrance. «Tout était contre moi aujourd’hui. La pluie que je n’aime pas et cette crevaison. Mais je dois remercier mes deux coéquipiers car sans eux, cela aurait été pire», a déclaré l’Allemand. Le masque de Jan Ullrich tombait et le vrai visage de Pantani, longtemps catalogué comme un simple grimpeur, s’offrait à tous. Mardi, la haute montagne continue avec la 16e étape, 204 kilomètres entre Vizille et Albertville et le Col de la Madeleine (HC) à franchir. Les classements Classement de la 15e étape: 1. Marco Pantani (Ita/MER), les 189 km en 5h43’45’’ (moyenne: 32,989 km/h) 2. Rodolfo Massi (Ita/CSO) à 1’54’’ 3. Fernando Escartin (Esp/KEL) à 1’59’’ 4. Christophe Rinero (Fra/COF) à 2’57’’ 5. Bobby Julich (USA/COF) à 5’43’’ 6. Michaël Boogerd (P-B/RAB) à 5’48’’ 7. Marcos Serrano (Esp/KEL) à 6’04’’ 8. Jean-Cyril Robin (Fra/USP) à 6’34’’ 9. Manuel Beltran (Esp/BAN) à 6’40’’ 10. Dariusz Baranowski (Pol/USP) à 6’40’’ 11. Axel Merckx (Bel/PLT) 12. Giuseppe Di Grande (Ita/MAP) 13. Leonardo Piepoli (Ita/SAE) 14. Daniele Nardello (Ita/MAP) 15. Angel Casero (Esp/VIT) 16. Roland Meier (Sui/COF) t.m.t. 17. Luc Leblanc (Fra/PLT) à 6’46’’ 18. Geert Verheyen (Bel/LOT) à 7’36’’ 19. Kurt Van de Wouwer (Bel/LOT) 20. Santiago Blanco (Esp/VIT) t.m.t. Classement général à l’issue de la 15e étape: 1. Marco Pantani (Ita/MER) 71h58’37’’ 2. Bobby Julich (USA/COF) à 3’53’’ 3. Fernando Escartin (Esp/KEL) à 4’14’’ 4. Jan Ullrich (All/TEL) à 5’56’’ 5. Christophe Rinero (Fra/COF) à 6’12’’ 6. Michaël Boogert (P-B/RAB) à 6’16’’ 7. Rodolfo Massi (Ita/CSO) à 7’53’’ 8. Luc Leblanc (Fra/PLT) à 8’01’’ 9. Roland Meier (Sui/COF) à 8’57’’ 10. Daniele Nardello (Ita/MAP) à 9’14’’ 11. Angel Casero (Esp/VIT) à 9’32’’ 12. Manuel Beltran (Esp/BAN) à 9’58’’ 13. Bo Hambruger (Dan/CSO) à 10’16’’ 14. Dariusz Baranowski (Pol/USP) à 10’34’’ 15. Jean-Cyril Robin (Fra/USP) à 10’45’’ 16. Giuseppe Di Grande (Ita/MAP) à 10’51’’ 17. Leonardo Piepoli (Ita/SAE) à 10’56’’ 18. Marcos Serrano (Esp/KEL) 12’05’’ 19. Bjarne Riis (Dan/TEL) à 12’56’’ 20. Axel Merckx (Bel/PLT) 14’26’’. (AFP, Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Italien Marco Pantani a fait chavirer le Tour de France, lundi, au terme d’une étape dantesque courue sous une pluie battante et dans laquelle l’Allemand Jan Ullrich a totalement sombré. Parti à l’abordage du maillot jaune dans le mythique col du Galibier (2.645 mètres), «Il Pirata» s’est emparé de la précieuse tunique, terminant seul pour la victoire d’étape au sommet de la montée vers les Deux Alpes. Dans la station alpine, Pantani réussit un doublé magnifique et peut espérer rejoindre dans l’Histoire son illustre aîné Fausto Coppi, seul Italien à avoir remporté le Giro et le Tour de France la même année. Au-delà de son exploit personnel, il ranime une compétition asphyxiée par les affaires de dopage depuis deux semaines. Le nouveau patron de la Grande boucle compte désormais une avance de...