Le prochain président du Nigeria, un civil élu aux termes de la transition démocratique, devrait être un homme du Sud du pays, mais aucune personnalité ne semble encore susceptible d’émerger, estiment les analystes nigérians. Le chef de l’Etat, le général Abdulsalam Abubakar, a annoncé lundi que la junte nigériane remettra le pouvoir le 29 mai 1999 à un président civil élu lors d’une élection «libre et juste» tenue au premier trimestre de l’an prochain. La plupart des analystes estiment que le futur président devra venir du Sud, sous peine d’instabilité pour le pays dominé depuis 30 ans par des militaires, des hommes du Nord majoritairement musulmans. Pendant six ans seulement depuis l’indépendance en 1960, un homme du Sud s’est retrouvé aux rênes du régime. L’opposant défunt Moshood Abiola, vainqueur présumé de la présidentielle de 1993, était lui-même un homme du Sud, bien que musulman. L’annulation du résultat du scrutin par les militaires du Nord avait été perçue au Sud comme un nouvel accaparement du pouvoir par le Nord. Sa mort, le 7 juillet, a provoqué dans le Sud-Ouest une vague d’émeutes (60 morts) nourries de ressentiment contre le Nord, fief de l’ethnie Haoussa. Ces émeutes, estiment les analystes nigérians, ont convaincu les militaires qu’il était temps que le pouvoir revint au Sud. Abdulkadir Balarabe Musa, ancien gouverneur de Kaduna (Nord), aujourd’hui membre d’un groupe d’opposition de gauche, pense que la population du Nord elle-même est favorable à l’accession au pouvoir d’un «sudiste». «Il ne fait aucun doute qu’une clique, au Nord, veut continuer à dominer le pays, mais les masses du Nord ne le souhaitent pas, car elles n’ont pas bénéficié d’années de régimes issus du Nord», estime-t-il. Festus Okaye, président du barreau de Kaduna, juge aussi que le temps de la domination nordiste est révolu. «Autrefois, le cœur de l’économie était basé au Sud et le pouvoir politique était la seule chose que le Nord pouvait avoir», explique-t-il. «Mais il est devenu clair que s’il n’y a pas basculement de pouvoir (en faveur du Sud), cela conduira à de graves problèmes, et si le pays éclate, nous perdrons tout», estime Okaye. Une question de temps Clement Nwankwo, leader d’un groupe de défense des droits de l’homme, Projet pour les droits constitutionnels (CRP) basé à Lagos, prédit lui aussi que le «prochain président viendra certainement du Sud. Mais qui? C’est une autre question». Avec la mort d’Abiola, seule figure d’envergure nationale de l’opposition Yorouba (ethnie du Sud-Ouest), s’est créé un vide que peinent à combler les rares présidentiables mentionnés: l’ancien chef d’Etat (1976-79) Olusegun Obasanjo, le prix Nobel de littérature Wole Soyinka, et un politicien de la génération de l’indépendance, Anthony Enahoro. Le général Obasanjo avait gagné le respect de la population en remettant le pouvoir aux civils en 1979. Récemment libéré des geôles de Sani Abacha, il a répété à maintes reprises à la presse qu’il n’entendait pas ré-entrer en politique. Soyinka et Enahoro, des civils, ont contre eux d’avoir passé de longues années en exil, à l’écart des affaires du pays. Et dans le cas de Soyinka, sans expérience politique, sa popularité demeure confinée à une élite intellectuelle. Autre nom parfois évoqué: Olu Falae, un ancien ministre des Finances et candidat à la présidentielle de 1993. Emprisonné sous Abacha et libéré lui aussi en juin, il entend se relancer en politique. Mais son association au régime militaire Babangida (1985-1993) est loin de lui garantir un large soutien. Alors qui? Un diplomate occidental dit «avoir posé maintes fois la question, sans jamais avoir de réponse, ces trois dernières années, au cours de (ses) nombreux voyages à travers le Nigeria». «Quelqu’un finira par émerger, mais cela prendra un peu de temps», prédit un autre diplomate, notant que le calendrier démocratique prévu — élection au premier trimestre 1999 — laisse aux partis jusqu’à la fin de l’année. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le prochain président du Nigeria, un civil élu aux termes de la transition démocratique, devrait être un homme du Sud du pays, mais aucune personnalité ne semble encore susceptible d’émerger, estiment les analystes nigérians. Le chef de l’Etat, le général Abdulsalam Abubakar, a annoncé lundi que la junte nigériane remettra le pouvoir le 29 mai 1999 à un président civil élu lors d’une élection «libre et juste» tenue au premier trimestre de l’an prochain. La plupart des analystes estiment que le futur président devra venir du Sud, sous peine d’instabilité pour le pays dominé depuis 30 ans par des militaires, des hommes du Nord majoritairement musulmans. Pendant six ans seulement depuis l’indépendance en 1960, un homme du Sud s’est retrouvé aux rênes du régime. L’opposant défunt Moshood Abiola,...