Le projet de la Commission européenne de créer une zone de libre-échange entre l’UE et cinq pays d’Amérique latine a été taillé en pièces par la plupart des ministres de l’Agriculture des Quinze. Fait inhabituel, la France et l’Allemagne avaient tenu à faire connaître leur préoccupation avant même que la Commission ne propose — ce qui devrait être fait mercredi — d’entamer des négociations avec le Mercosur (marché commun latino-américain comprenant Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) et le Chili. «Notre Conseil doit absolument émettre un signal clair vis-à-vis de cette initiative», a déclaré le ministre français de l’Agriculture, selon le texte de son intervention. «La création de zones de libre-échange avec le Mercosur et le Chili entraînera des coûts budgétaires et sociaux inacceptables qui ne pourront pas être justifiés», a-t-il dit. Il a été suivi avec des nuances par la Belgique, l’Irlande, le Portugal, le Luxembourg, la Grèce et l’Autriche, qui craignent eux aussi que l’ouverture du marché européen aux produits ultra-compétitifs d’Amérique latine ne sonne le glas de la Politique agricole commune (PAC) relativement protégée. «L’Union européenne n’a pas les structures agricoles qui lui permettent de concurrencer le Mercosur dans un marché ouvert», a souligné le ministre portugais de l’Agriculture, Fernando Gomes da Silva, «totalement opposé au projet». D’autres pays, comme l’Italie, l’Espagne et la Finlande, se sont également montrés inquiets, mais ont demandé qu’une étude soit menée pour mesurer l’impact d’une telle initiative. Seuls le Danemark, la Suède et le Royaume-Uni se sont déclarés en faveur du projet, mais sans enthousiasme. Presque tous les pays se posent des questions sur l’opportunité d’entamer une telle négociation alors que se profilent des pourparlers au sein de l’Organisation du commerce mondial (OMC) pour la libéralisation du commerce agricole. Baisses de prix La création d’une zone de libre-échange avec l’Amérique latine risque également selon eux d’exiger des baisses de prix supplémentaires par rapport aux propositions Agenda 2000 présentées par la Commission avant l’élargissement vers l’Est. Les opposants au projet ont trouvé des alliés au sein même de l’Exécutif européen, le commissaire à l’Agriculture, Franz Fischler, n’ayant pas caché ses craintes devant ce projet présenté par ses collègues Manuel Marin (Relations avec l’Amérique du Sud) et Leon Brittan (Commerce extérieur). Des études réalisées par ses services soulignent que la disponibilité de terres agricoles est illimitée en Amérique latine, qui est en outre une concurrente de l’UE pour la plupart des produits sensibles — viandes, céréales et volailles. Les prix des produits latino-américains sont presque toujours largement inférieurs à ceux des produits européens — la différence va du simple au double pour le sucre et la viande. Les Européens devraient réduire leurs prix de manière encore plus importante que ce qui est prévu pour faire face à l’élargissement, des baisses qui devront être compensées. Le coût de ces compensations en année pleine irait de 4,9 à 12,5 milliards d’écus, de quoi faire exploser le budget. Ce tollé ne devrait pas empêcher la Commission d’adopter sa proposition mercredi comme prévu grâce à une majorité de commissaires, mais les ministres des Affaires étrangères, qui l’examineront, sont avertis des oppositions agricoles. Les partisans du libre-échange estiment d’ailleurs que ces opposants sont de mauvaise foi, les produits agricoles pouvant être exclus d’un éventuel accord puisque l’OMC accepte les zones de libre-échange si elles couvrent au moins 90% du commerce. Mais la France et ses alliés soulignent que le Mercosur et le Chili devraient s’opposer à cette exclusion et notent que le commerce agricole représente plus de 10% des flux, ce qui obligerait l’UE à les accepter sur son sol sans protection. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le projet de la Commission européenne de créer une zone de libre-échange entre l’UE et cinq pays d’Amérique latine a été taillé en pièces par la plupart des ministres de l’Agriculture des Quinze. Fait inhabituel, la France et l’Allemagne avaient tenu à faire connaître leur préoccupation avant même que la Commission ne propose — ce qui devrait être fait mercredi — d’entamer des négociations avec le Mercosur (marché commun latino-américain comprenant Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) et le Chili. «Notre Conseil doit absolument émettre un signal clair vis-à-vis de cette initiative», a déclaré le ministre français de l’Agriculture, selon le texte de son intervention. «La création de zones de libre-échange avec le Mercosur et le Chili entraînera des coûts budgétaires et sociaux...