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Actualités - Chronologie

La mort en Egypte, une industrie qui fait très bien vivre

Tentes colorées, porcelaine dorée, serveurs en livrée, pleines pages d’avis de décès onéreux dans les journaux, récitateurs du Coran payés à prix d’or: rien n’est trop beau pour marquer la disparition d’un membre d’une riche famille égyptienne. Profitant de nouvelles attitudes sociales dans les milieux aisés, l’industrie de la mort en Egypte s’affiche sans complexe. Elle rapporte plus de deux milliards de livres (650.000 USD) par an, selon diverses estimations. «Aujourd’hui, les avis de décès dans la presse rappellent ceux des mariages de l’aristocratie au temps du roi Farouk. Bientôt, les parvenus annonceront la mort de leurs proches à la télévision», affirme Nabil Abdel Fattah, sociologue au Centre d’études stratégiques d’al-Ahram. Les avis de décès ont pris depuis cinq ans une ampleur frisant la caricature. Photos romantiques de femme en chapeau, portraits géants bordés d’un liséré noir, placards énumérant les parents en caractères gras avec leur statut social à travers le monde... Certaines familles réservent une page entière et le plus prisé est le quotidien gouvernemental al-Ahram. «Celui dont l’avis de décès ne paraît pas dans al-Ahram n’est pas officiellement mort», affirment avec ironie les Egyptiens. Avec plus de 800.000 exemplaires vendus, le journal possède la plus forte distribution parmi les quotidiens égyptiens. Son concurrent al-Akhbar tente de se frayer un chemin en offrant des tarifs à moitié prix. «Faire connaître sa mort coûte une véritable fortune. Une page coûte 80.000 livres (23.500 USD) dans al-Ahram et il faut payer la photo 100 livres (30 USD) par centimètre», souligne-t-on au journal. Ces avis rapportent au quotidien près de 86 millions de livres par an (25,3 M USD). Le journal leur réserve trois pages et l’un de ses principaux services. Douze employés à temps plein y reçoivent les avis, quinze autres planchent sur la rédaction et la mise en page. L’avis de décès lance un processus funèbre traditionnel inchangé depuis plusieurs siècles. La famille loue une salle, généralement attenante à une mosquée, pour recevoir le premier soir les condoléances des hommes. Les femmes afflueront trois jours durant au domicile du défunt. «Les deux salles de la mosquée Omar Makram, au centre du Caire, sont les plus recherchées», affirme Abdel Rachid Salem, sous-secrétaire d’Etat chargé des affaires des mosquées au ministère égyptien des Waqfs (biens religieux). Selon lui, une cinquantaine de salles appartiennent au gouvernement, aux côtés de centaines de salles privées dépendant généralement d’associations religieuses. Cameramen et récitateurs vedettes Les salles «privées» se louent jusqu’à 700 livres (200 USD). Les salles gouvernementales coûtent 300 livres (90 USD) pour Omar Makram ou 50 livres (moins de 20 USD) dans certains quartiers populaires. «Certaines familles demandent des réaménagements avec meubles, tapis, tasses et verres de meilleure qualité», explique M. Salem. «Nous avons une large panoplie de chaises, du simple modèle en bois au «Sheraton», moelleux et en velours rouge appelé ainsi car il est utilisé dans les hôtels pour les mariages», déclare Aziz Mohammed Hamdi, propriétaire d’une «feracha», magasin spécialisé dans la location de meubles et autres objets nécessaires aux obsèques et mariages. «Certaines familles font appel à des cameramen pour enregistrer les obsèques et louent pour plus de 3.000 livres (1.000 USD environ) la journée les récitateurs de Coran qui paraissent chaque semaine à la télévision, comme si c’était des chanteurs de rock», ajoute M. Hamdi. «Ces attitudes spectaculaires sont un phénomène totalement nouveau et révèlent la dérive de la société égyptienne vers la consommation maximale», estime M. Abdel Fattah. Pour lui, il s’agit d’«une forme de publicité pour la famille du défunt afin de montrer sa puissance financière et ses réseaux de relations». (AFP)
Tentes colorées, porcelaine dorée, serveurs en livrée, pleines pages d’avis de décès onéreux dans les journaux, récitateurs du Coran payés à prix d’or: rien n’est trop beau pour marquer la disparition d’un membre d’une riche famille égyptienne. Profitant de nouvelles attitudes sociales dans les milieux aisés, l’industrie de la mort en Egypte s’affiche sans complexe. Elle rapporte plus de deux milliards de livres (650.000 USD) par an, selon diverses estimations. «Aujourd’hui, les avis de décès dans la presse rappellent ceux des mariages de l’aristocratie au temps du roi Farouk. Bientôt, les parvenus annonceront la mort de leurs proches à la télévision», affirme Nabil Abdel Fattah, sociologue au Centre d’études stratégiques d’al-Ahram. Les avis de décès ont pris depuis cinq ans une ampleur...