Pas de patrimoine, pas d’ancêtres, pas d’ancêtres, pas de passé, pas de passé pas de mémoire, pas de mémoire, pas de morts, pas de morts, pas de vivants. La ruée sur le patrimoine (archéologique, artistique, folklorique, tout ce que l’on voudra) qui s’est déclenchée voici plus de cinq ans, avec ses spécialistes, ses frénétiques, son artisanat du tout venant, toute cette activité est normale, elle refuse le désastre, elle est saine, même dans ses excès. Seulement on ne pense plus qu’à elle, on ne voit plus qu’elle, les journaux en sont farcis, les conversations aussi. Il ne faut pas accuser pour autant les Libanais d’être indifférents à leur peuple, à cette masse de chair et de sang qui vit ou survit comme elle peut, dans des immeubles et des logements maintenant caractérisés par des enquêtes, avec des revenus connus eux aussi dans leurs détails. Non, je ne trouve pas que les statistiques soient les choses les plus amusantes du monde à déchiffrer. Mais les travaux effectués depuis 1972 par l’Administration centrale de la Statistique, par exemple l’étude sur la condition de vie des ménages en 1997 (1) réunit un ensemble de données parlantes comme la vie elle-même, la vie quotidienne, la vie du présent. Ils aident à sortir du flou («Ah oui, il y a beaucoup de pauvres», «la classe moyenne a disparu», et autres formules creuses). Relevant de l’Etat, elle montre que cet Etat continue de produire, par secteurs et grâce à ce qui reste d’une élite professionnelle, un précieux labeur. Mais revenons au patrimoine fourmillant. Bientôt un Bal des petits lits blancs dans une demeure classée. Bientôt la fièvre festivalière de l’été. Bientôt les vacances à Cannes ou Kitzbuhl. Et toujours, préparant le patrimoine architectural de nos enfants, de nouveaux immeubles qui conjuguent beauté et vulgarité. Ce fut le cas, à la fin des années cinquante pour les «nouveaux immeubles» en technicolor de Raouché. On peut imposer, dans ce domaine, des normes, mais quel règlement imposera jamais du goût? Bref, nous sommes vivants, même si c’est dans un grand désordre, un snobisme qui date de toujours, et flanqués de ménages qui gagnent 300.000 livres par mois. Le tiers-monde a toujours aimé les falbalas...
Pas de patrimoine, pas d’ancêtres, pas d’ancêtres, pas de passé, pas de passé pas de mémoire, pas de mémoire, pas de morts, pas de morts, pas de vivants. La ruée sur le patrimoine (archéologique, artistique, folklorique, tout ce que l’on voudra) qui s’est déclenchée voici plus de cinq ans, avec ses spécialistes, ses frénétiques, son artisanat du tout venant, toute cette activité est normale, elle refuse le désastre, elle est saine, même dans ses excès. Seulement on ne pense plus qu’à elle, on ne voit plus qu’elle, les journaux en sont farcis, les conversations aussi. Il ne faut pas accuser pour autant les Libanais d’être indifférents à leur peuple, à cette masse de chair et de sang qui vit ou survit comme elle peut, dans des immeubles et des logements maintenant caractérisés par des enquêtes, avec...
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