Les autorités antitrust américaines ont lancé une vaste offensive contre l’abus de position dominante dans l’informatique, s’attaquant aux deux géants au cœur d’une industrie devenue vitale. L’agence fédérale de réglementation du commerce, la FTC, a porté plainte contre Intel, le fabricant des processeurs qui tiennent lieu de cerveau à plus de 80% des micro-ordinateurs. Elle l’accuse d’avoir dissimulé des informations essentielles sur ses puces électroniques à des clients, constructeurs informatiques, parce que ces derniers refusaient de lui céder les droits sur des technologies qu’ils avaient développées. Le 18 mai, c’était l’autre pilier de la lutte antitrust aux Etats-Unis, le département de la Justice, qui déposait plainte contre le roi des logiciels Microsoft pour violation de la loi antitrust. Selon le département, Microsoft utilise la position de force que lui donne son système d’exploitation, Windows, pour imposer sa technologie à Internet. Windows constitue l’intelligence centrale de la quasi-totalité des micro-ordinateurs dans le monde. La loi antitrust américaine n’interdit pas le monopole à proprement parler, mais exclut les actions qui tirent parti de cette domination. Les deux plaintes marquent «un vrai changement de politique du gouvernement américain», relève Michael Bednarek, avocat de Washington spécialisé dans les questions antitrust. «Depuis le début de l’administration (de Ronald Reagan), le gouvernement se gardait d’intervenir en matière antitrust», souligne-t-il. Auprès du public, «nous assistons à une phénoménale renaissance de l’intérêt pour les questions antitrust», remarque Walter Adams, professeur d’économie à l’Université d’Etat du Michigan. «On entend le mot antitrust sans arrêt à la radio et à la télé», selon lui. La raison de ce renouveau tient à l’énorme importance qu’a acquise la micro-informatique dans la vie quotidienne et dans l’économie, affirment les experts. Le futur Intel et Microsoft «mènent l’industrie qui fait prospérer l’économie» américaine, estime M. Bednarek. «Nous avons à faire à une industrie vitale, l’industrie du futur», enchaîne le Pr Adams. Une opinion que paraît partager un juge fédéral de Birmingham (Alabama), Edwin Nelson, qui a rendu un premier arrêt défavorable à Intel sur lequel se base en large part l’action de la FTC. Dans une injonction préliminaire, le juge Nelson a donné raison à Intergraph, un constructeur de puissantes stations de travail qui a attaqué Intel pour lui avoir refusé l’accès à des données techniques sur les futurs Pentium II dans le cadre d’un litige. Intergraph affirme que cette attitude l’a empêché de mettre au point en temps voulu des machines tirant parti des spécificités des Pentium II, ce qui lui a fait perdre des marchés. Intel maintient être dans son bon droit, dans ce cas comme dans deux autres similaires invoqués par la FTC, l’un avec Digital Equipment Corp. (DEC) et l’autre avec Compaq Computer. «Même une entreprise en situation de monopole dispose d’une substantielle liberté quant au choix de ses partenaires commerciaux», affirme l’avocat Joseph Angland, de New York. Dans le cas d’Intergraph, toutefois, le juge a estimé que la position dominante d’Intel faisait de ses produits une «infrastructure essentielle», au même titre que l’eau ou l’électricité. En tant que tel, le groupe «n’a alors plus le droit de choisir ses clients», explique le Pr Adams. Contrairement au cas de Microsoft, pensent certains experts, le gouvernement pourrait avoir du mal à démontrer que l’attitude d’Intel a été préjudiciable aux consommateurs, que la loi veut protéger. Mais ces actions vont bien au-delà, et visent à garantir le développement de technologies qui soient «dans l’intérêt du public», estime William Adams. «Une entreprise en situation dominante, ajoute-t-il, aura tendance à orienter la recherche dans son propre intérêt». (AFP)
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