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Actualités - Opinion

Tribune La musique moderne libanaise et les festivals au Liban

Le Liban vit depuis quelques années une renaissance culturelle qui se traduit, en matière de musique, par un foisonnement créatif des compositeurs libanais, ainsi qu’à travers une inflation de festivals et de mégaconcerts. Ces dernières manifestations font du Liban la destination privilégiée de «stars» internationales, vraies ou fausses, actuelles ou passées, et un point de passage quasi obligé pour les pays de la région. La caractéristique principale de ce genre de manifestations est la prédominance quasi absolue de représentants non locaux de la musique sur cette scène libanaise. A titre d’exemple, sur les deux festivals de jazz organisés, en moins de 10 mois, au Liban, le premier comportait un seul groupe libanais, et le deuxième deux, sur un total d’une dizaine de groupes pour chacun d’entre eux, et cela dans un contexte de matraquage publicitaire parlant de «rencontres» entre jazzmen libanais et étrangers. On retrouve cette même disparité dans plusieurs autres manifestations du même genre au Liban, à tel point que l’on en vient à se demander si la musique moderne libanaise existe. Manque-t-on donc de formations originales au Liban, dont la musique supporterait la comparaison avec celle jouée par les formations non libanaises? Sûrement pas: ces formations existent, elles tournent et se produisent au Liban, à défaut de l’étranger, leurs compétences créatives sont reconnues et leur public assuré. Elles forment l’une des tendances actuelles de développement d’une musique libanaise moderne, avec toute sa spécificité. Or ces formations ne figurent généralement pas au programme des manifestations culturelles citées. Les musiciens de haut niveau technique et expressif existent dans ces mêmes formations de musique originale libanaise ou dans des formations plus «classiques» ou de circonstance: c’est parmi ces musiciens que sont d’ailleurs choisis ceux, bien rares, qui figurent sur les affiches: souvent de très bons musiciens et compositeurs; force est malheureusement de constater que leurs compositions propres ne figurent pas dans les programmes, ou dans une proportion extrêmement réduite par rapport aux «reprises» de grands groupes européens ou américains. Proportion quasi équivalente au rapport entre musiciens locaux et non locaux dont les noms figurent sur les affiches. Pour rester dans la tonalité générale? De ce fait, il existe une sorte d’ostracisme au Liban en ce qui concerne la création musicale originale libanaise. Tout se passe comme si une exophilie certaine, doublée d’une endophobie cachée, existaient chez les organisateurs, qui nient par là l’intérêt du public libanais pour les productions locales. Les arguments avancés pour écarter (c’est le mot juste) les formations libanaises, avec des compositions entièrement originales, de l’affiche de ces manifestations de «prestige», sont presque toujours d’ordre commercial: l les formations libanaises ne rapporteraient pas d’argent, l les prix demandés par les musiciens seraient exorbitants (la proportion entre ce qui est effectivement payé aux musiciens libanais et ce qui l’est aux étrangers peut atteindre un rapport de 1 à 30), l seuls les «noms» étrangers feraient courir le public libanais à ce genre de manifestations. Ces arguments sont difficilement acceptables, car: l les formations libanaises ont leur public, qui a prouvé son intérêt en assistant massivement à plusieurs de leurs concerts dans le courant de l’année, l les musiciens de ces formations sont, malheureusement, «traditionnellement» sous-payés. La rentabilité de tels concerts est évidente: public fidèle et frais et honoraires réduits, égale rentrées financières. Dans le contexte «culturel» actuel du Liban, on ne peut que saluer toute manifestation à prétention artistique, toute initiative privée (festivals et mégaconcerts) visant à créer un climat artistique dans le pays: faut-il négliger ou marginaliser pour autant la musique moderne libanaise par souci de rentabilité ou d’image? Promouvoir la musique originale libanaise serait-il par conséquent rétrograde ou peu valorisant? Devrait-on avoir honte des musiciens et compositeurs libanais? Tout ce qui vient de loin serait beau et intéressant, tout ce qui est local serait négligeable. Les arguments du style «la musique moderne libanaise n’attire qu’un public restreint» sont fallacieux: dans un pays où l’offre et la demande sont érigées en culte, de quelle demande du public peut-on parler si l’offre est monotype et frileuse? La seule façon de promouvoir une musique moderne libanaise est de lui permettre de s’exprimer, de la respecter et de respecter ses créateurs. Or la créativité n’a pas de prix, d’où la conclusion qu’elle serait négligeable?! C’est bien sûr ici que se pose la question de la «politique» culturelle du pays, si elle existe, surtout en matière musicale: le Liban est un pays dans lequel aucune aide n’existe pour la promotion de la musique créative moderne. La seule initiative ne peut être que privée (et par là même limitée); ce manque de «politique» en mène à une autre, celle de la terre brûlée, car à force pour les responsables de se concentrer sur le commercial et le rendement, l’expression authentique et originale libanaise risque de disparaître par manque de tribunes et de scènes. La seule loi du marché ne peut pas promouvoir une politique artistique originale, mais uniquement et seulement un conformisme soutenu, une clichéisation de l’art. Peut-il être raisonnable que des formations extérieures, bénéficiant majoritairement de subsides et d’un soutien dans leur pays d’origine, se produisent au Liban (ce qui est à nos yeux positif) dans une proportion affligeante (en nombre et en honoraires) par rapport à leurs homologues libanaises? Une directive du ministère de la Culture d’avant la guerre civile imposait aux producteurs de cinéma non locaux d’embaucher une certaine proportion de techniciens et d’acteurs libanais; cette disposition permettait aux spécialistes libanais de confronter leur expérience à celle des non-locaux et de bénéficier d’une partie de la manne financière rapportée par ces productions. Ne serait-il pas temps d’appliquer une politique similaire dans le domaine de la musique au Liban?
Le Liban vit depuis quelques années une renaissance culturelle qui se traduit, en matière de musique, par un foisonnement créatif des compositeurs libanais, ainsi qu’à travers une inflation de festivals et de mégaconcerts. Ces dernières manifestations font du Liban la destination privilégiée de «stars» internationales, vraies ou fausses, actuelles ou passées, et un point de passage quasi obligé pour les pays de la région. La caractéristique principale de ce genre de manifestations est la prédominance quasi absolue de représentants non locaux de la musique sur cette scène libanaise. A titre d’exemple, sur les deux festivals de jazz organisés, en moins de 10 mois, au Liban, le premier comportait un seul groupe libanais, et le deuxième deux, sur un total d’une dizaine de groupes pour chacun d’entre eux, et cela...