A ce stade de la compétition, le gouvernement de M. Rafic Hariri s’en tire au mieux, politiquement. Pour vivre heureux vivons cachés: dans la mêlée informe des municipales, on oublie de s’en prendre à lui et les pressions dont il faisait précédemment l’objet sur différents dossiers se sont évaporées comme par magie. C’est en effet par le petit bout de la lorgnette que tout un chacun s’efforce de scruter son microcosme électoral, dans les villes, les quartiers et les villages, les municipales étant par nature une élection à domicile sans portée nationale apparente sur le plan politique. Ce sont les clans traditionnels et les familles, souvent divisées d’ailleurs, qui s’affrontent çà et là, plutôt que les idéologies ou les grands courants de pensée. Et on peut voir de la sorte une formation importante comme l’Amal de M. Nabih Berry annoncer tranquillement qu’elle ne présente pas de candidats aux municipales… Il reste cependant que, dans des secteurs déterminés, les clivages familiaux se doublent de dissensions partisanes ou confessionnelles tout aussi traditionnelles et c’est surtout là que l’opposition peut prétendre faire en tant que telle acte de présence face au pouvoir. Mais, même au Mont-Liban où le mélange des causes est plus fort et plus fréquent qu’ailleurs, il s’avère qu’en pratique les municipales ne se résument pas, tant s’en faut, à une épreuve de force entre la contestation et le système. De ce fait, le camp haririen marque un point capital: les municipales non seulement «dégonflent» si l’on peut dire l’opposition, mais servent aussi de voie royale de diversion pour gommer la grogne populaire provoquée par la crise socio-économique et la mauvaise gestion gouvernementale. Du même coup, les haririens échappent au harcèlement de leurs adversaires politiques comme de la Chambre. Et le temps qu’on s’en remette ou qu’on s’y remette, on en sera aux présidentielles, autre poudre aux yeux, puis on mettra en place un autre régime, un autre Cabinet aussi… Toujours est-il, qu’agitée dans nombre de zones, plus calme dans d’autres, la campagne électorale «accroche» tout à fait les Libanais qui, après avoir tardé à s’enflammer, se passionnent pour les tractations et se mobilisent volontiers à fond pour leurs favoris. Au point qu’ils se détournent même un peu du foot et qu’à un petit mois du Mondial, on voit beaucoup moins dans le pays de drapeaux brésiliens, italiens ou allemands qu’il y a quatre ans et c’est tout dire… C’est que les municipales doublées des moukhtaryates, outre qu’elles touchent de près au quot idien de la population, ont l’attrait de la nouveauté, la dernière édition remontant comme on sait à 1963. Trente-cinq ans, dont 15 ans d’une guerre suicidaire que les présentes élections, bien plus que les législatives qui en semblaient une suite, ont l’air d’enterrer. Il n’est donc pas étonnant de constater l’enthousiasme avec lequel la jeunesse aborde ce tournant, les candidats de moins de 35 ans étant légion dans toute circonscription. Beaucoup pensent mettre un pied à l’étrier pour faire ensuite de la politique et certains, il en existe quand même, rêvent de servir vraiment leur village, leur quartier, leur ville… Toujours est-il que certains observateurs s’obstinent à répéter que les municipales pourront servir à mieux définir les rapports de force politique sur la scène locale, en vue des présidentielles et surtout des prochaines législatives, surtout par les résultats qui seront enregistrés dans les grandes concentrations urbaines. En fait, cela dépendrait de l’habileté des uns ou des autres à exploiter politiquement les résultats plutôt que des résultats eux-mêmes. C’est-à-dire que les urnes ne sont pas appelées à trancher entre partis ou forces politiques, mais entre individus, souvent entre cousins. Si, par la suite, on arrive à donner aux élus une coloration politique accentuée, on pourrait alors parler de départage politique. Mais, pour le moment, en réalité, la bataille s’engage sous des couleurs familiales ou claniques, ce qui, on s’en doute, dessert principalement une opposition qui avait pensé un moment pouvoir en découdre avec le pouvoir par listes interposées. Or les alliances qui se sont faites ou qui sont en voie de préparation sont politiquement de bric et de broc, loyalistes et opposants s’y côtoient joyeusement et nul ne lance des slogans avec ou contre Taëf, avec ou contre la souveraineté… Il était d’ailleurs difficile qu’il en fût autrement, en l’absence de figures charismatiques pour politiser la bataille sur le terrain. Et en l’absence de structures solidement organisées qui auraient, par exemple, forcé les opposants à faire front uni…
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats A ce stade de la compétition, le gouvernement de M. Rafic Hariri s’en tire au mieux, politiquement. Pour vivre heureux vivons cachés: dans la mêlée informe des municipales, on oublie de s’en prendre à lui et les pressions dont il faisait précédemment l’objet sur différents dossiers se sont évaporées comme par magie. C’est en effet par le petit bout de la lorgnette que tout un chacun s’efforce de scruter son microcosme électoral, dans les villes, les quartiers et les villages, les municipales étant par nature une élection à domicile sans portée nationale apparente sur le plan politique. Ce sont les clans traditionnels et les familles, souvent divisées d’ailleurs, qui s’affrontent çà et là, plutôt que les idéologies ou les grands courants de pensée. Et on peut voir de la sorte une formation importante...