La mort de James Earl Ray relance la controverse sur le mystère de l’assassinat de Martin Luther King alors que le dossier semblait, 30 ans après, en passe d’être rouvert. James Earl Ray, condamné pour l’assassinat du pasteur Martin Luther King en 1968, est décédé jeudi à l’âge de 70 ans dans un hôpital de Nashville (Tennessee) des suites d’une cirrhose du foie. S’il emporte dans la tombe la vérité sur son rôle dans le meurtre du leader du mouvement pour les droits civiques et prix Nobel de la Paix, James Earl Ray continuera pourtant d’alimenter la controverse qu’il avait lui-même contribué à lancer en clamant son innocence, après avoir dans un premier temps, reconnu sa culpabilité. «Les questions sur l’assassinat de Martin Luther King vont continuer à se poser de manière encore plus aiguë qu’avant», estime Olivia Thomas, porte-parole du Musée des droits civiques de Memphis, situé dans le Lorraine Motel où le pasteur noir fut assassiné le 4 avril 1968, alors qu’il était sorti sur le balcon. «Les Américains ne connaîtront jamais la vérité et nous ne pourrons jamais mettre un point final» à l’affaire, a-t-elle dit. Bien que des enquêtes officielles aient conclu par trois fois que Ray était le seul responsable du meurtre de King et qu’aucune preuve concluante n’ait pu être apportée sur la participation d’autres personnes, un sondage CBS indiquait en mars dernier que seulement une personne sur 10 croyait que Ray avait agi seul. La propre famille du pasteur assassiné, qui avait accepté l’an dernier la proclamation d’innocence de James Earl Ray, a rappelé qu’elle avait demandé au président Clinton et à l’Attorney general Janet Reno de mener une nouvelle enquête et d’établir une commission spéciale. «Petite frappe»… Etant donné le climat de l’époque, la théorie d’un complot dont Ray n’aurait été que le bras armé a été largement évoquée, beaucoup ne voyant pas avec quels moyens et pourquoi Ray, à l’époque échappé d’un pénitencier du Missouri, aurait planifié seul cet assassinat. Sa carrière de «petite frappe», ponctuée par des passages dans des pénitenciers de Californie, d’Illinois, du Kansas, ne semble avoir été qu’une succession de crimes ratés. Tentant d’échapper à la police, il était tombé d’une voiture en marche. Une autre fois, il avait oublié son portefeuille sur les lieux du crime. Et quelques heures après la mort de King, un sac avait été retrouvé contenant divers objets l’identifiant, de même que ses empreintes digitales sur l’arme du crime. Célébrant le 30e anniversaire de la mort de Martin Luther King, de nombreux vétérans du mouvement pour les droits civiques ont rappelé le climat de haine d’une époque pas si lointaine et réclamé une réouverture du dossier. «Rien ne peut être classé aux yeux de Dieu si ce n’est pas juste, rien ne peut être classé jusqu’à ce que l’on sache qui a tué notre jeune Moïse», avait déclaré le révérend Gardner Taylor, lors des commémorations de Memphis. Guerre ouverte avec le FBI Martin Luther King avait dû batailler contre le FBI qui lui faisait une guerre ouverte: écoutes téléphoniques, chantages, menaces; le directeur du FBI Edgar Hoover avait catalogué le pasteur comme «le Noir le plus dangereux de ce pays». Tout en déclarant ne pas croire à une conspiration du gouvernement, un représentant démocrate, John Lewis, a affirmé que «des responsables du gouvernement peuvent avoir agi à titre individuel». Parmi les nombreux ouvrages consacrés à l’assassinat de Martin Luther King, le dernier en date, écrit par le journaliste américain Gerald Posner («Killing the dream») ne croit pas non plus à la thèse du complot. Si celle-ci continue de prévaloir, estime-t-il, c’est parce que le public ne peut accepter l’idée qu’un homme aussi exceptionnel que King ait succombé aux balles d’un meurtrier aussi médiocre que Ray. «King, comme Kennedy, a été tué par un «looser» sociopathe. C’est presque comme si ces deux grands hommes avaient trébuché et étaient morts accidentellement en se cognant la tête», dit-il. (AFP)
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