Le calme régnait au Rwanda samedi, au lendemain des exécutions publiques de 22 personnes condamnées à mort pour avoir participé à l’organisation et à l’exécution du génocide anti-tutsi de 1994. Contrastant avec les réactions négatives de la part de la communauté internationale, les habitants de Kigali interrogés se déclaraient tous satisfaits de ces exécutions, soulignant que les condamnés fusillés étaient eux-mêmes responsables de nombreux morts et espérant que leurs décès allaient jouer un rôle positif en faveur de la réconciliation entre Tutsis et Hutus au Rwanda. Aucun dignitaire du régime en place à Kigali n’a fait de déclaration officielle après les exécutions, qui se sont déroulées vendredi matin dans cinq villes du Rwanda, dont la capitale Kigali, en présence de dizaines de milliers de personnes. Certains avaient craint que les exécutions ne provoquent des violences dans les prisons, où 130.000 détenus environ attendent d’être jugés dans le cadre des procès du génocide. Samedi, pourtant, tout était calme dans les centres de détention. Première conséquence apparente de la mise en application des 22 condamnations à la peine capitale, plusieurs prisonniers se sont déclaré prêts à coopérer avec la justice rwandaise, a-t-on indiqué de source judiciaire. Depuis l’annonce des exécutions — les premières depuis le début des procès du génocide — plusieurs détenus ont demandé à bénéficier de la procédure des «plaidoyers de culpabilité», qui prévoit une remise de peine en échange d’aveux. Cette procédure, mise en place depuis le début des procès, n’avait pas rencontré de succès jusque-là auprès des prisonniers. Les corps des condamnés fusillés ont été transportés dans les morgues des villes où ont eu lieu les exécutions, a précisé le ministère de la Justice. Les familles ont trois jours pour venir chercher les dépouilles, qui devront être enterrées dans la discrétion. Faute de quoi, les autorités rwandaises elles-mêmes se chargeront de l’inhumation. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a dénoncé le «macabre spectacle» de ces exécutions publiques, en reprochant au gouvernement rwandais de «perpétuer la violence». L’Union européenne s’est déclarée «consternée». Avant les exécutions, de nombreuses figures de la communauté internationale, dont le pape Jean-Paul II, avaient lancé des appels à la clémence au président rwandais pasteur Bizimungu. Aucun chef d’Etat africain, en revanche, n’a réagi pour demander la grâce des condamnés. Entre 500.000 et 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés par des extrémistes hutus au Rwanda au printemps 1994, avant la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR), dominé par les Tutsis. (AFP)
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