Après Wata el-Joz et Abou Mizane, c’est le village de Aïn el-Rihani qui serait choisi prochainement par les autorités pour accueillir un dépotoir et un incinérateur pour la région du Kesrouan. Dans cette localité où les espaces verts sont encore dominants, des habitants se sont réunis samedi au couvent Saint-Jean-Baptiste à Hrage pour marquer leur refus de supporter ce fardeau. Les raisons du choix de ce terrain à Aïn el-Rihani sont complexes: depuis 20 ans environ, l’Union des municipalités de Jounieh a réussi à convaincre les religieuses du couvent cité plus haut de lui céder par décret 80 mille mètres carrés d’un terrain, en leur cachant ses desseins véritables. Depuis, les religieuses et les habitants sont en lutte perpétuelle contre le projet de dépotoir, qui aurait été relancé dernièrement. C’est au tour des habitants de Aïn el-Rihani de dire «non» aujourd’hui au dépotoir. Et, à voir l’endroit qui serait choisi par les autorités prochainement dans ce but (il aurait été suggéré récemment par le député Rochaid el-Khazen), on comprend bien pourquoi: non seulement Aïn el-Rihani est bordé par non moins de treize villages à grande densité populaire, mais, dans un pays où les espaces verts sont passés de 20% avant la guerre à 7% actuellement, c’est une magnifique forêt caractérisée par sa biodiversité qui est candidate pour recevoir les ordures ménagères du Kesrouan et leur lot de pollution... Le rassemblement de samedi a compté dans ses rangs un représentant de l’évêque, Mgr Guy Njeim, M. Fawzi Adaïmi, président du syndicat des hôpitaux, M. Fouad Hamdane, porte-parole de Greenpeace Méditerranée, les moukhtars de Aïntoura et Jeita, ainsi que les religieuses du couvent de Hrage et de nombreux habitants. Mais comment et pourquoi l’expropriation a-t-elle été acceptée en 1979 par les religieuses? Sœur Céline Barakat précise que «quand les religieuses ont accepté l’expropriation, elles croyaient que l’Union des municipalités allait construire un nouveau couvent, une maison de repos et un hôpital, or il est apparu que le terrain devait être employé pour un incinérateur et un dépotoir». M. Naji Boustany, avocat et habitant du village, souligne que «nous allons essayer de faire annuler le décret parce que la loi précise que, lors d’une expropriation, les buts d’utilisation du terrain doivent être très clairs». «Or, dans cette affaire, poursuit-il, les raisons qui ont été données aux religieuses ne concordaient pas avec la réalité, ce qui n’est pas conforme à la loi». Quant à M. Hamdane, il a considéré que «cette façon d’expédier les affaires relatives aux déchets dans ce pays ne fait qu’aggraver la situation, il faut trouver une solution globale au problème». Pour sa part, M. Adaïmi a souligné que «tous les experts sont d’accord pour déclarer que cet endroit n’est en aucun cas acceptable pour y instaurer un dépotoir». «En raison de sa biodiversité, il devrait au contraire être classé réserve naturelle», a-t-il ajouté. Les habitants de Aïn el-Rihani et des villages environnants (Ghadir, Bkerké, Harissa, Daroun, Bzoummar, Achkout, Raïfoun, Ajaltoun, Ballouné, Sehaïlé, Jeita, Aïntoura et Zouk) sont déterminés à poursuivre la lutte pour empêcher que la pollution ne gagne leur région et ne menace la population entière qui y réside. Le bras de fer entre les autorités et les habitants des régions, qui sont aujourd’hui bien conscients du danger des dépotoirs, continue...
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