Les colons israéliens ont brandi la hache de guerre pour s’opposer à un éventuel retrait militaire de Cisjordanie, avant la reprise des pourparlers de paix` la semaine prochaine à Washington sous l’égide du président américain Bill Clinton. «Nous ferons chuter le gouvernement de Benjamin Netanyahu s’il ne résiste pas aux pressions américaines et met ainsi notre existence en péril», a affirmé M. Hanan Porat, député du Parti national religieux, allié du premier ministre. M. Porat appartient à un groupe de pression, le «Front pour Erets Israël», qui compte une douzaine de parlementaires, sur un total de 120, opposés à toute concession territoriale aux Palestiniens. Venus en hélicoptère, ils ont tenu une réunion d’urgence à Beit-El, une colonie, à une vingtaine de km au nord de Jérusalem en Cisjordanie, située au milieu de quatre secteurs sous contrôle partiel palestinien. Selon les colons, le retrait de 13% de la Cisjordanie, réclamé par les Etats-Unis, signifierait que les alentours de Beit-El passent sous contrôle total palestinien. «Si Netanyahu accepte un retrait militaire de 13%, ces zones figurant en jaune sur la carte deviendront un seul secteur de couleur marron, où Yasser Arafat (le président palestinien) aura les pleins pouvoirs», explique M. Porat. Pour les quelque 4.000 colons de Beit-El, cette perspective est dramatique. «Nous serions coupés de nos arrières vers Tel-Aviv, et nos voisins immédiats seraient les habitants de Bir Zeit», où se trouve une université palestinienne dominée par le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) opposé au compromis avec Israël, explique M. David Shaouat, secrétaire général de la municipalité de Beit-El. Selon lui, «une continuité territoriale palestinienne s’étendrait ainsi jusqu’à Naplouse sur près de 40% de la Cisjordanie et compromettrait l’avenir des 150 colonies juives» de la région. Risques sécuritaires Il rappelle qu’une mère de famille et son fils ont été tués dans un attentat à l’arme automatique près de Beit-El en décembre 1996, et que deux autres colons ont été tués dans des circonstances analogues, toujours dans ce secteur, ces trois dernières années. A quelques kilomètres de là, un Palestinien a été tué mercredi par les balles d’un colon qu’il avait agressé à coups de poignard dans l’implantation de Eli, alors qu’un autre colon était tué à coups de couteau à Jérusalem-Est (annexé) et un autre blessé à Hébron. Exprimant ouvertement sa rancœur, M. Aharon Domb, chef du Conseil des colons, cite un récent rapport du général Amnon Shahak, chef d’état-major, selon lequel «chaque retrait signifie de nouveaux risques au niveau sécuritaire, aggravés par l’absence de climat de paix» entre Israéliens et Palestiniens. Les colons de Beit-El sont d’autant plus amers que l’autonomie palestinienne, lancée par les accords d’Oslo conclus avec l’OLP en septembre 1993 par le premier ministre travailliste Yitzhak Rabin n’ont jusqu’à présent pas empêché le développement des implantations. «Ces derniers mois, nous avons accueilli ici 80 familles, et nous en attendons une centaine d’autres d’ici l’été», indique M. Shaouat. Selon lui, les projets à moyen terme prévoient l’installation de 1.500 colons sur la colline voisine de Artis «afin que Beit-El fasse sa jonction avec Bal Hatzor», une hauteur stratégique hérissée par les radars de l’armée israélienne. «Je n’ai pas le choix. Je dois travailler pour nourrir ma famille», explique Abed, un des ouvriers palestiniens du bâtiment, originaires de Ramallah, qui édifient les maisons de leurs futurs voisins juifs — des cubes blancs qui s’alignent en arcs de cercles à flanc de colline. (AFP)
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