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Actualités - Reportage

Le commerce du beau (photos)

Prestige, secret, art, enchères, Histoire, argent, voyage... Les notions liées à l’activité de l’antiquaire en font un métier à part, fascinant. Néanmoins, il demeure pointu, avec ses exigences, son savoir-faire, ses compétences. Regards de professionnels sur leur propre passion... À voir la floraison de magasins d’antiquités dans le pays, on pourrait penser que nombreux sont ceux qui se prévalent d’un métier qui, somme toute, requiert des qualités bien définies. Un métier à part Le métier d’antiquaire ne s’improvise pas, les professionnels sont unanimes. Johnny Chartouni, directeur de la galerie JM Antiques, affirme: «On est antiquaire de père en fils, ou en faisant des études. Il faut continuer ses recherches en permanence. De plus, un antiquaire doit connaître le côté chimique de la composition d’un objet, ainsi que son histoire détaillée pour pouvoir l’authentifier». «Par définition, un antiquaire vend des pièces anciennes, argumente Marie-Jeanne Mehanna, directrice de Meker Antiques. Il est donc de son devoir de ne pas mentir et de proposer des pièces authentiques». «Être antiquaire est un métier en soi, déclare Armand Arcache, directeur de la galerie Arcache. Il faut des connaissances, une expérience, au moins par des stages. Ceux qui ouvrent des galeries par simple caprice, pour s’occuper, finiront peut-être par apprendre le métier, par la force des choses, mais entre-temps le marché aura été miné par leur méconnaissance». «Le métier d’antiquaire est plus dur qu’on ne le croit, ajoute François Saint-Martin de Beyrie, responsable de la galerie Atmosphères. Chaque antiquaire maîtrise une spécialité en particulier, même s’il présente diverses catégories d’objets. Armand Arcache approuve: «Un antiquaire est spécialisé dans une catégorie d’objets, d’époque. Moi-même je me concentre surtout sur les meubles anglais et français du XIXe siècle». Johnny Chartouni admet que chaque professionnel soit plus versé dans un domaine précis, mais il ajoute néanmoins que l’expérience est le facteur décisif. Marie-Jeanne Mehanna précise: «En France, il est encore possible d’être spécialisé dans une période donnée en visant un petit créneau de clientèle passionnée. Les prix flambent alors, comme c’est le cas pour l’art déco actuellement. Mais au Liban, c’est impossible». Le fonctionnement d’un marché particulier Inévitablement, le métier d’antiquaire comporte en lui-même des difficultés. L’une d’entre elles tient à la confusion souvent faite entre antiquaire et brocanteur. On parle d’antiquités pour les objets datant de cent ans et plus. Toutefois, toutes les pièces de l’époque art déco, de 1900 à 1930, sont désormais considérées comme des antiquités. Les objets plus jeunes appartiennent à la brocante. On ne doit pas comparer la valeur d’une antiquité avec celle d’une pièce de brocante. Johnny Chartouni explique: «Le brocanteur n’a aucune responsabilité quant à l’authenticité d’une pièce, alors que l’antiquaire doit être expert». François Saint-Martin de Beyrie définit ainsi la valeur d’une pièce: «Il faut tenir compte de la rareté, mais aussi du fait que certains se battent littéralement dans les salles de vente pour obtenir un objet ou une toile. Ces personnes peuvent, à elles seules, faire monter les prix». «C’est le principe de l’offre et de la demande, résume Philippe Daher. Dans ce domaine, la pièce est vendue au plus offrant». Le prix d’une antiquité est aussi lié à sa qualité. «Une bonne antiquité prouve qu’elle a pu traverser le temps jusqu’à nous, déclare Marie-Jeanne Mehanna. De plus, la mode, par définition, se démode, alors qu’une antiquité sera toujours appréciée et prendra même plus de valeur avec le temps. Elle fera partie du patrimoine». C’est pourquoi les antiquités sont parfois utilisées comme des placements financiers. «Mieux vaut avoir un Picasso chez soi qu’une grosse somme sur son compte en banque, mais cette démarche n’est pas encore très courante ici», commente François Saint-Martin de Beyrie. Johnny Chartouni conclut: «L’antiquité n’est jamais chère, car même une pièce achetée à un prix élevé paraîtra bon marché un an plus tard, en raison de la hausse rapide des prix liée à une demande forte». Les spécificités libanaises Par ailleurs, pratiquer le métier d’antiquaire au Liban implique de rencontrer des obstacles supplémentaires. «Les gens s’y entendent beaucoup moins qu’en Europe, observe François Saint-Martin de Beyrie. Ceux qui ont voyagé pendant la guerre ont le goût mieux formé et connaissent un peu le marché de l’art». Philippe Daher ajoute: «Les Libanais ont du goût, mais il n’y a pas de musée au Liban pour servir de référence. Pour acheter un tableau, il faut faire appel à ses propres connaissances, à ses souvenirs, à ses lectures». Pourtant, on constate un véritable engouement dans le pays pour les antiquités, par goût mais aussi par effet de mode. «Le mimétisme est très fort, constate Marie-Jeanne Mehanna. La plupart des amateurs veulent de vieux objets mais ils ne savent pas faire la différence. Il arrive souvent qu’une personne veuille acquérir un objet simplement parce qu’elle l’a vu au cours d’un dîner». Cependant, le marché demeure restreint en raison des possibilités matérielles. «La classe moyenne est inexistante, explique Philippe Daher. Beaucoup ont des envies, mais ne peuvent se permettre de les satisfaire». Armand Arcache observe de même un rétrécissement du pouvoir d’achat et des sommes consacrées à l’acquisition d’antiquités. La question des taux de douanes accentue ces difficultés, notamment au niveau du prix. Ces taux sont variables selon les pièces, et peuvent atteindre, selon Johnny Chartouni, 45%. «C’est catastrophique pour un pays qui a besoin d’enrichir son patrimoine, s’indigne-t-il. Les copies qui viennent d’Extrême-Orient sont taxées à des taux très bas et nous font beaucoup de compétition». De plus, les pièces sont expertisées à la douane libanaise. Un achat fait à bon marché en Europe pourra parfois être réévalué à la hausse par l’expert à l’entrée du pays. «Nous sommes l’un des rares pays à payer 40% de taxes douanières, constate Armand Arcache. Plus tous les frais, on arrive à 70%, que l’on doit répercuter sur toute la marchandise». Marie-Jeanne Mehanna remarque que la cherté du marché remonte à sa source. «Il nous faut trouver de belles pièces, en bon état, et tenir compte de tous les frais parallèles: le transport, la main-d’œuvre, l’emballage, l’assurance, le container, le personnel pour la rénovation éventuelle des pièces... Les Italiens, par exemple, cassent le marché car le transport est plus facile et ils n’ont pas de frais de douanes. Lorsque nous arrivons derrière eux, les vendeurs trouvent nos exigences excessives. Et nous devons nécessairement répercuter ces frais sur nos prix de vente au Liban. Beaucoup de nos clients ici ne comprennent pas cela». Johnny Chartouni a trouvé une solution à ce problème: «Je m’approvisionne partout, sans exception. Le marché européen a flambé, alors que l’on trouve ici, au Liban, de très belles pièces à bon prix. La plupart des Libanais vont chiner en Europe, dans des endroits qu’ils connaissent et qu’ils croient plus sérieux, en faisant tout pour minimiser leurs coûts. Par exemple, j’achète de la porcelaine de Sèvres au Brésil, au quart du prix que je paierais en France. Contrairement à ce que beaucoup disent, il est possible de vendre à moins cher ici que là-bas». Néanmoins, rares sont les antiquaires pouvant adopter cette démarche. Armand Arcache rétorque: «Pour s’orienter vers d’autres sources d’approvisionnement, il faut d’abord pouvoir trouver des marchandises en quantité suffisante et suffisamment vite. Et pour cela, il faut connaître le marché de ces pays, qui ne disposent pas toujours de ce que l’on cherche de façon à remplir un container». Les limites de la contrefaçon Le marché libanais est donc lié aux prix élevés de l’Europe, ce qui suscite un marché de la contrefaçon. «Beaucoup de bonnes copies se trouvent sur le marché, au même prix que des originaux quelquefois, remarque Marie-Jeanne Mehanna. Mais un vrai professionnel saura les reconnaître. Moi, je le sens au toucher, à l’œil. Malheureusement, certaines personnes ouvrent un magasin d’antiquités sans avoir l’œil vraiment exercé». Effectivement, Johnny Chartouni constate aussi: «Le pays a besoin de vrais professionnels. N’importe qui pense pouvoir ouvrir un magasin en achetant des objets usagés ou de décoration. Il faut différencier antiquaire et commerçant d’antiquités. Les copies sont nombreuses sur le marché. De plus, ces copies viennent d’Extrême-Orient. Nous avons beaucoup d’excellents artisans au Liban qui sont sans travail. Tant qu’à faire des copies, faisons travailler la main-d’œuvre locale!». De plus, Armand Arcache remarque: «Une copie faite au Liban perd, à l’instant de sa vente, 40 à 50% de sa valeur. La contrefaçon devient dangereuse lorsque le client achète sciemment une copie, ou lorsque les soi-disant professionnels sur le marché ne savent pas faire la différence. Un bon antiquaire saura authentifier une pièce sans poser de questions, sans certificat».
Prestige, secret, art, enchères, Histoire, argent, voyage... Les notions liées à l’activité de l’antiquaire en font un métier à part, fascinant. Néanmoins, il demeure pointu, avec ses exigences, son savoir-faire, ses compétences. Regards de professionnels sur leur propre passion... À voir la floraison de magasins d’antiquités dans le pays, on pourrait penser que nombreux sont ceux qui se prévalent d’un métier qui, somme toute, requiert des qualités bien définies. Un métier à part Le métier d’antiquaire ne s’improvise pas, les professionnels sont unanimes. Johnny Chartouni, directeur de la galerie JM Antiques, affirme: «On est antiquaire de père en fils, ou en faisant des études. Il faut continuer ses recherches en permanence. De plus, un antiquaire doit connaître le côté chimique de la composition...