C’était le temps des chaussures à talons compensés, les hommes empruntaient volontiers rouges à lèvres et bracelets à leurs petites amies, David Bowie était leur héros: l’Américain Todd Haynes fait revivre ces années «glam» dans «Velvet Goldmine». Le film qui vient de sortir a été récompensé lors du dernier festival de Cannes par le «prix de la meilleure contribution artistique». Le rock «glam» (abréviation de «Glamour»), dit encore «glitter rock» (le «rock à paillettes») fit souffler un vent de folie douce sur l’Angleterre du début des années 70. Il était la riposte ironique au rock empesé, incarné par les musiciens des années 60 devenus des superstars fatiguées. Il était aussi pour la jeunesse anglaise une manière de ne pas penser à la crise qui commençait à se profiler. L’outrage et un mauvais goût joyeusement revendiqué en étaient les principales caractéristiques. Ses héros s’appelaient David Bowie, Bryan Ferry et Brian Eno de Roxy Music, Marc Bolan de T. Rex. Certains étaient Américains, comme Iggy Pop et son groupe les Stooges, Lou Reed, les New York Dolls... Todd Haynes qui, dans la vie, ressemble physiquement à ses héros, a toujours montré une certaine fascination pour le bizarre et le morbide, ce dont témoignent ses courts-métrages («The Suicide» en 1978, «Sex Shop» en 1983) comme ses films («Poison»/1990, «Safe»/1995, une oeuvre sur l’obsession de la maladie). Il traite cette fois de l’obsession du paraître et de la mystification, celle d’une rock star, Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers), qui orchestre son «assassinat» un soir sur scène. Il est difficile de ne pas voir en Brian Slade la réplique de David Bowie qui, en 1972, «suicida» sur scène Ziggy Stardust, le personnage qu’il s’était inventé pour conquérir le public. Facticité Le récit de Todd Haynes puise généreusement dans la vie de Bowie, au début des années 70, lorsqu’il commence son ascension vers la gloire. On y croise, sous des pseudonymes, les personnalités qui l’entouraient alors, Iggy Pop et Lou Reed réunis dans le personnage de Curt Wild, interprété par Ewan McGregor, Angie Bowie (Mandy Slade ici, jouée par l’Australienne Toni Collette), Brian Eno et Marc Bolan (qu’on peut deviner dans le personnage de Jack Fairy), Tony DeFries, le rusé manager de Bowie, incarné avec beaucoup de verve par le fantaisiste Eddie Izzard... Avec «Velvet Goldmine» (dont le titre est emprunté à une chanson de Bowie), Todd Haynes réalise une œuvre aussi «glam» que son modèle: les couleurs sont aussi fluo et extravagantes que l’esthétique le commandait à l’époque, le film baigne dans un climat de surréalisme kitsch. La musique a été reconstituée à la lettre, mélangeant subtilement artistes de l’époque (Brian Eno, Lou Reed, Roxy Music) et leurs émules d’aujourd’hui (Placebo notamment, dont le leader, Brian Molko, ne fait pas mystère de sa fascination pour Bowie)... Todd Haynes réalise une œuvre atypique, qui ne touchera vraisemblablement pas le grand public. Sa facticité revendiquée parvient à toucher à cette vérité «que seul le mensonge révèle», comme le disait celui que le cinéaste considère comme le premier artiste «glam», Oscar Wilde.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’était le temps des chaussures à talons compensés, les hommes empruntaient volontiers rouges à lèvres et bracelets à leurs petites amies, David Bowie était leur héros: l’Américain Todd Haynes fait revivre ces années «glam» dans «Velvet Goldmine». Le film qui vient de sortir a été récompensé lors du dernier festival de Cannes par le «prix de la meilleure contribution artistique». Le rock «glam» (abréviation de «Glamour»), dit encore «glitter rock» (le «rock à paillettes») fit souffler un vent de folie douce sur l’Angleterre du début des années 70. Il était la riposte ironique au rock empesé, incarné par les musiciens des années 60 devenus des superstars fatiguées. Il était aussi pour la jeunesse anglaise une manière de ne pas penser à la crise qui commençait à se profiler. L’outrage et un...