À la fin de l’année 1998, le nombre des personnes porteuses du virus du sida dans le monde atteindra 33,4 millions, soit une progression de 10 % en douze mois exactement, selon les projections de l’Onusida. Le sida a tué 13,9 millions d’adultes et d’enfants depuis le début de l’épidémie dont 95 % dans les pays en développement. Cette année, la maladie a emporté 2,5 millions de personnes et le nombre des nouvelles contaminations a atteint 5,8 millions (3,1 millions d’hommes, 2,1 millions de femmes et 590 000 enfants), soit un rythme de contaminations de 11 par minute. L’Afrique sub-saharienne compte 22,5 millions d’adultes et d’enfants contaminés par le virus du sida, l’Asie plus de 7 millions, l’Amérique latine et les Caraïbes un peu moins de 1,8 million. En Amérique du Nord, 890 000 personnes vivent avec le virus, 500 000 en Europe occidentale, 270 000 en Europe de l’Est et en Asie centrale, 210 000 en Afrique du Nord et au Proche-Orient, et 12 000 en Australie et Nouvelle Zélande. Dans les pays où le virus touche déjà plus de 10 %, l’espérance de vie est passée de 64 ans à 47. Seuls les pays les plus riches disposent des combinaisons triples de médicaments qui coûtent par personne et par an autour de 11 000 dollars. Cependant, après deux années d’euphorie liées à l’avènement de ces trithérapies, la recherche sur le sida semble être retombée dans le creux de la vague. «Nous n’avons pas grand-chose, et la prévention est un désastre humain», constate le Dr Jacques Leibowitch, virologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. Les trithérapies, sur lesquelles les malades des pays occidentaux se sont rués, ne sont pas assez efficaces, pas assez puissantes, et surtout, leurs effets secondaires commencent à se faire sentir. Ces mélanges de deux antiviraux classiques de type AZT et d’une antiprotéase permettent de réduire la charge virale (la quantité de virus présent dans le sang du malade) à des niveaux indétectables mais pas de l’éliminer. «Il faudrait parvenir à mettre en place des combinaisons de molécules permettant de traiter les malades par intermittence, sans provoquer ces remontées brutales de la charge virale», a expliqué le Dr Leibowitch. Pour l’instant, la seule solution consiste donc à prendre – à vie – une quinzaine de médicaments, à heures fixes, en les faisant passer avec des litres d’eau. En attendant de nouvelles molécules, les chercheurs reviennent à une idée qui fait aussi son chemin dans la lutte contre le cancer, l’immunothérapie : stimuler le système immunitaire, voire parvenir à le restaurer. Le problème est que les médicaments utilisés, interleukines et interférons, sont encore plus chers que les trithérapies. Mais toutes ces pistes ne déboucheront pas avant des années et les chercheurs, conscients du fossé qui s’élargit entre pays riches et pauvres, plaident pour des médicaments moins chers et plus accessibles : «On ne peut pas continuer à soigner 1 % de la population malade et regarder les 99 % restants sans rien faire», s’exclame le Dr Leibowitch.
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