Des anciens exilés prêts à voler au secours de leur ennemi, des manifestants de droite armés de cocktails Molotov ou la famille Pinochet invoquant des raisons humanitaires pour obtenir sa libération: l’arrestation de l’ex-dictateur a révélé de nombreux paradoxes au sein de la société chilienne d’aujourd’hui. Le ministre des Affaires étrangères, José Miguel Insulza, est probablement la personnalité qui représente le mieux la singularité du pays. Ce socialiste apparaît aujourd’hui comme le principal défenseur de l’ancien dictateur qui l’a contraint à passer 14 ans de sa vie à l’étranger. Arrivé vendredi à Londres pour tenter d’obtenir la libération de Pinochet, Insulza s’est fait insulter par ses anciens compagnons d’exil qui ne lui ont pas pardonné son revirement. Pourtant, Insulza a répété sans cesse qu’il ne défendait pas Pinochet sinon les institutions démocratiques de son pays. Pour lui, il est hors de question que la justice espagnole se mêle des affaires intérieures chiliennes. Le Chili réserve d’autres surprises. Les violents affrontements entre les partisans de Pinochet et les forces de l’ordre se déroulent dans les quartiers les plus aisés de la ville. Les manifestants sont en majorité des femmes bien habillées et des enfants de bonne famille qui n’hésitent pas à attaquer les policiers avec des œufs, des pierres et même des cocktails Molotov, une arme utilisée d’habitude par les militants de gauche. De leur côté, les carabiniers ripostent avec force et multiplient les arrestations de partisans de Pinochet qui se plaignent ensuite devant les caméras de la télévision de l’intervention musclée de ce corps de police qui avait soutenu le coup d’État du 11 septembre 1973. Sur le plan politique, le candidat socialiste aux élections présidentielles de 1999, Ricardo Lagos, a créé la surprise en demandant à la Grande-Bretagne de renvoyer Pinochet au Chili pour qu’il y réponde de ses crimes. Cette intervention a sérieusement contrasté avec la position d’autres figures de proue du Parti socialiste, comme Isabel Allende, la fille de l’ancien président Salvador Allende, ou Juan Pablo Letelier, deux députés qui n’ont pas hésité à se rendre à Londres pour y défendre l’arrestation de l’ancien dictateur et son éventuel procès en Espagne. Quant à la famille de Pinochet, elle n’a pas eu honte d’invoquer des raisons humanitaires pour obtenir la libération d’une personne qui n’a jamais eu d’égard pour les droits de l’homme. Cet argument est probablement le meilleur atout du ministre Insulza pour convaincre Londres de renvoyer le général au Chili et de ne pas l’extrader vers l’Espagne. Si le chef de la diplomatie chilienne y parvient, le gouvernement du président Eduardo Frei obtiendrait sur le plan intérieur un triomphe sans appel sur la droite, qui n’a cessé de dénoncer le manque d’efficacité de l’exécutif et dont les membres les plus exaltés n’ont cessé d’alimenter la tension depuis l’arrestation du général. L’affaire Pinochet se terminerait ainsi sur un nouveau paradoxe chilien: le retour d’un dictateur au pays se convertirait en une victoire des institutions démocratiques.
Des anciens exilés prêts à voler au secours de leur ennemi, des manifestants de droite armés de cocktails Molotov ou la famille Pinochet invoquant des raisons humanitaires pour obtenir sa libération: l’arrestation de l’ex-dictateur a révélé de nombreux paradoxes au sein de la société chilienne d’aujourd’hui. Le ministre des Affaires étrangères, José Miguel Insulza, est probablement la personnalité qui représente le mieux la singularité du pays. Ce socialiste apparaît aujourd’hui comme le principal défenseur de l’ancien dictateur qui l’a contraint à passer 14 ans de sa vie à l’étranger. Arrivé vendredi à Londres pour tenter d’obtenir la libération de Pinochet, Insulza s’est fait insulter par ses anciens compagnons d’exil qui ne lui ont pas pardonné son revirement. Pourtant, Insulza a...
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