L’OTAN s’est lancée depuis quelques semaines dans un vaste travail d’introspection, destiné à définir sa raison d’être pour le XXIe siècle, qui risque de provoquer quelques frictions entre alliés, selon des diplomates. «Pour quelle raison doit-on maintenir une alliance dont la justification d’origine, la menace soviétique, n’existe plus?»: telle est la question posée à l’OTAN, résume Jean d’Haussonville, membre de la délégation diplomatique française, cité récemment par l’hebdomadaire américain «Defense News». La réponse est attendue au plus tard pour un sommet de l’Alliance convoqué dans la deuxième quinzaine d’avril 1999 à Washington. Les chefs d’Etat et de gouvernement approuveront alors formellement un nouveau «concept stratégique», dont la dernière version, datant de 1991, est dépassée. La disparition de l’URSS, l’opération de paix en Bosnie, la création d’un programme de coopération militaire avec l’Europe de l’Est et les pays neutres, l’inclusion de nouveaux membres, sont autant d’éléments qu’il s’agit d’inscrire noir sur blanc dans la nouvelle «bible» de l’OTAN. Officiellement, le Conseil de l’Alliance (ambassadeurs), qui tiendra plusieurs réunions informelles sur le «concept stratégique» au cours des prochains mois, ne s’est fixé aucun tabou. Tout peut et doit être discuté, disent des diplomates. En réalité, l’exercice est complexe car il ne faut «ni réviser, ni réécrire le traité de Washington», signé en 1949 et fondateur de l’OTAN. «Le destin de l’OTAN est en jeu», ajoute l’un de ses responsables sous couvert d’anonymat, en résumant l’enjeu de la bataille à venir: «Il faut un texte suffisamment détaillé pour convaincre les ministères des Finances alliés d’accorder des crédits aux militaires, tout en évitant un corset qui entraverait la liberté de manœuvre de l’organisation». Hiérarchiser S’il est aisé de supprimer d’un texte existant toute mention à feu l’URSS, il est nettement plus ardu de justifier, sans ennemi identifié, le maintien de la mission principale de l’OTAN, la défense collective. Les alliés doivent aussi hiérarchiser les nouvelles missions assurées depuis quelques années par l’Alliance. Les opérations de paix, de gestion de crise, doivent-elles être considérées comme des missions principales ou secondaires? La réponse à cette question, d’apparence anodine, est en réalité fondamentale pour le processus dit «de planification» des forces militaires des pays de l’OTAN, qui conditionne leur adaptation. Tous les membres de l’Alliance, sauf la France, qui ne fait pas partie du commandement militaire intégré, sont concernés par cette planification. Si l’opération de paix est définie comme une mission prioritaire, les alliés devront ainsi mettre l’accent sur des forces professionnelles, «projectables» rapidement et bien équipées en hélicoptères et porte-avions par exemple, précise le même responsable de l’OTAN. A l’occasion de la révision du «concept stratégique», la France devrait demander à nouveau un rééquilibrage, au profit des Européens, des responsabilités et donc des pouvoirs au sein de l’OTAN, dominée par les Etats-Unis. «Nous restons ouverts à toute proposition de nos alliés américains et européens» en ce sens, rappelle M. d’Haussonville. Un an après l’échec de Paris à obtenir l’attribution du commandement régional sud à un Européen, aucun geste de leur part n’est cependant venu répondre à l’attente française. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’OTAN s’est lancée depuis quelques semaines dans un vaste travail d’introspection, destiné à définir sa raison d’être pour le XXIe siècle, qui risque de provoquer quelques frictions entre alliés, selon des diplomates. «Pour quelle raison doit-on maintenir une alliance dont la justification d’origine, la menace soviétique, n’existe plus?»: telle est la question posée à l’OTAN, résume Jean d’Haussonville, membre de la délégation diplomatique française, cité récemment par l’hebdomadaire américain «Defense News». La réponse est attendue au plus tard pour un sommet de l’Alliance convoqué dans la deuxième quinzaine d’avril 1999 à Washington. Les chefs d’Etat et de gouvernement approuveront alors formellement un nouveau «concept stratégique», dont la dernière version, datant de 1991, est...