Le marché des changes de Beyrouth n’a pas pu se soustraire, la semaine dernière, aux tiraillements politiques dans l’Exécutif sur fond de projet de loi sur le mariage civile approuvé en Conseil des ministres. L’approbation-surprise de ce projet, très controversé, n’a pas tardé à provoquer un climat de tension, affectant l’atmosphère entourant marché et incitant la communauté financière à la prudence. Cela d’autant que ce développement intervenait au moment où il est question d’amendement constitutionnel en rapport avec ce qu’on appelle «l’échéance présidentielle» qui suscite des conflits encore plus graves. Il n’était donc pas surprenant, dans ce contexte conflictuel, que les opérateurs continuaient de s’abstenir à se débarrasser du dollar au profit de la livre libanaise, malgré le niveau très attrayant de sa rentabilité dans le cadre de la stabilité monétaire observée avec succès par la Banque du Liban (B.D.L.) depuis de longues années déjà. Toutefois, et compte tenu de la politique d’intervention directe de la B.D.L., la demande du «billet vert» ne devait pas prendre beaucoup d’ampleur, se limitant aux besoins usuels du marché. L’abaissement par celle-ci de ses deux taux à la vente puis à l’achat du dollar, de 1528,50 à 1528,00 L.L. et de 1516,50 à 1516,00 L.L. respectivement, est venu donc le ramener à la fin de la semaine dernière au taux moyen indicatif de 1522,00 L.L contre un taux moyen indicatif de 1522,50 L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 13 mars, en léger repli apparent de 0,033% en moyenne. Mais il n’en demeurait pas moins, dans cette évolution, que les agents financiers continuaient à négocier le dollar pratiquement au haut de la fourchette d’intervention de la B.D.L. avant et après l’abaissement de son niveau de 1528,50 à 1528,00 L.L, le faisant osciller étroitement toute la semaine entre 1528,00 et 1528,50 L.L., dans des volumes d’affaires quotidiens peu étoffés, témoignant de la réticence des opérateurs à prendre de nouvelles initiatives dans le contexte prévalant actuellement dans le pays. Reprise du dollar à l’étranger A l’étranger, le dollar a été tiré vers le haut, la semaine dernière, par les attaques à la baisse dont le yen avait fait l’objet, après qu’un haut responsable du Parti libéral démocrate au pouvoir au Japon, Taku Yamasaki, eut fait savoir que le plan de relance de l’économie nippone ne comprendra pas probablement une reconduction des allègements de l’impôt sur le revenu. Ce mouvement, qui n’a pas pu être renversé à la veille du week-end par l’attaque-éclair menée par la Banque du Japon en faveur de sa monnaie, a servi toutefois à la correction des quelques excès commis à la hausse du «billet vert» aussi bien contre le yen que vis-à-vis des autres grandes monnaies européennes. Selon les cambistes, la vigueur du dollar reposait toujours sur les fondamentaux de l’économie américaine, dont notamment la poursuite de la croissance conjoncturelle en l’absence de tensions inflationnistes. Ce phénomène a été confirmé par la Réserve fédérale (Fed) qui a fait remarquer dans son rapport sur l’économie américaine (Beige Book) que, malgré les créations persistantes d’emplois non agricoles sur le marché du travail aux Etats-Unis ces dernières semaines et l’accroissement des salaires, les prix des produits restaient «mystérieusement» contenus. Dans ces conditions, il n’était guère étonnant que les opérateurs tendaient à privilégier le dollar sur toute autre monnaie, dans la mesure que toute croissance économique non inflationniste aux Etats-Unis est censée rendre son loyer réel plus attrayant que celui des autres monnaies, même le sterling qui bénéficie depuis quelque temps d’anticipations de relèvement des taux d’intérêt britanniques. Cela d’autant que les marchés venaient d’apprendre que la Bundesbank et la Banque de France avaient décidé, jeudi dernier, de maintenir en l’état leurs taux d’intérêt directeurs lors de la dernière réunion de leurs comités de politique monétaire. Cela étant, et compte tenu aussi de l’annonce par le département américain de Travail que les prix à la consommation auraient progressé de 0,1% seulement le mois dernier après un statu quo en janvier par rapport à décembre, témoignant de l’absence du moindre signe inflationniste, la demande du dollar ne tardait pas à se développer dès le milieu de la semaine dernière. Ce mouvement a été renforcé aussi par l’augmentation de quelque 9000 personnes du nombre des demandeurs d’allocations-chômage aux Etats-Unis durant la deuxième semaine de mars, au moment où la Fed faisait savoir que la production industrielle américaine était inchangée le mois dernier, après une faible hausse de 0,1% en janvier, et que le taux d’utilisation des capacités industrielles aurait ralenti pour ne dépasser 82,7% contre 83,-% pendant la même période, excluant toute surchauffe de l’économie génératrice d’inflation. De ce fait, les opérateurs ont passé outre l’augmentation de 6,-% des mises en chantier de logement aux Etats-Unis, le mois dernier, soit la hausse la plus élevée depuis dix ans, contre 0,2% en janvier, ainsi que l’aggravation du déficit commercial américain, lequel aurait atteint 12,04 milliards de dollars, en janvier, contre 10,90 milliards en décembre. Ils ont, au contraire, continué de rechercher activement le dollar jusqu’à l’attaque-éclair de la Banque du Japon, vendredi dernier, pour juguler sa hausse contre le yen. C’est ainsi qu’il a dû achever la semaine, à New York, en comparaison avec celle se terminant au vendredi 13 mars, sur un ton très résistant comme suit : — 130,40 yen contre 128,15 (+ 1,76%). — 1,4965 F.S. contre 1,4765 (+ 1,35%). — 1,8305 D.M. contre 1,8185 (+ 0,66%). — 6,1330 F.F. contre 6,0975 (+ 0,58%). — 1801,50 lires contre 1793,75 (+ 0,43%). — 1,6690 pour un sterling contre 1,6700 (+ 0,06% ). Baisse de l’or L’annonce par la Banque nationale de Belgique qu’elle avait vendu 299 tonnes de ses réserves d’or est venue, la semaine dernière, affecter sensiblement la tenue du métal jaune, dont la parité de l’once a dû casser à la baisse le seuil des 290,- dollars. Mais, après que le marché eut largement anticipé ce développement, des rachats du découvert conjugués à des achats à bon compte n’ont pas tardé à interrompre les attaques à la baisse de l’or. Cela d’autant qu’on apprenait que les pays producteurs de pétrole négociaient depuis quelques jours un accord pour soutenir les prix du brut, dont la baisse était aussi à l’origine de l’accès de faiblesse des métaux précieux depuis le début du mois. C’est ainsi qu’à New York, l’once du métal fin a clôturé, vendredi dernier, à 291,70 dollars contre 295,30 dollars, à la fin de la semaine se terminant au vendredi 13 mars, en baisse de 1,22% en moyenne. Quant à l’argent-métal, qui avait dégringolé, dans le sillage de l’or, à moins des 6,00 dollars l’once, il est parvenu finalement à achever la semaine, sur des achats à bon compte, à 6,1140 dollars contre 6,0960 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 13 mars, en léger progrès de 0,3%.
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