Catherine Sauvage, «chanteuse d’amour, de révolte, et de larmes», ainsi que l’avait qualifiée l’écrivain Marguerite Duras, a été emportée dans la nuit de jeudi à vendredi par un cancer à 68 ans. Elle était un des symboles de la chanson rive gauche. De son vrai non Janine Saunier, née le 26 mai 1929 à Nancy, elle avait composé son pseudonyme de scène en empruntant son prénom à l’impératrice Catherine de Russie et son nom à une camarade de classe. Cette femme à la silhouette ascétique, que soulignait une coupe de cheveux à la garçonne, a été une des principales représentantes de la «chanson à texte», celle de Saint-Germain-des-Prés et des poètes, à l’instar d’une Juliette Gréco. Compagnon de route du Parti communiste, un temps épouse du comédien Pierre Brasseur, elle avait fait ses débuts au Bœuf sur le Toit, à deux pas des Champs-Elysées, ce lieu fréquenté par l’intelligentsia de l’après-guerre. C’est là que, se produisant encore sous son véritable patronyme, elle s’illustra en créant «Han Coolie», poème allemand adapté par Louis Aragon. Au début des années 50, elle rencontre Léo Ferré qui l’encourage à persévérer. Elle met plusieurs compositions de «Léo» à son tour de chant, dont «Paris canaille» et «Graine d’anar», illustration d’un style fait de gouaille, de révolte et d’émotion, tout entier au service du verbe. Autre rencontre déterminante: celle du producteur Jacques Canetti qui la programme aux Trois Baudets en 1953, à la même époque que Boby Lapointe, Henri Salvador, Francis Lemarque, Mouloudji. L’année suivante, elle obtient le «premier disque du disque» pour «l’homme» de Ferré, passe à l’Olympia, crée un spectacle autour de Bertolt Brecht à Lyon sous la direction de Roger Planchon. La création est reprise en 1955 à Bobino (proche de la gare Montparnasse), salle de la rive gauche qui sera un de ses lieux de scène préférés. Une artiste discrète Catherine Sauvage chante aussi Jean-Roger Caussimon, Pierre Mac Orlan, Georges Brassens, le Québécois Gilles Vigneault, qu’elle contribue à faire connaître au public français dès la fin des années 50. En 1962, bien avant France Gall et Brigitte Bardot, la chanteuse est la première à interpréter les chansons d’un auteur-compositeur un peu marginal, Serge Gainsbourg («Black trombone»). Sa carrière atteint son apogée en 1968 avec un passage à Bobino qui donne naissance à un album considéré comme un de ses meilleurs, «Bobino 1968 le bonheur». Puis les nouvelles musiques contribuent peu à peu à rejeter dans l’ombre une artiste discrète qui n’avait pas envie de conserver sa place dans l’industrie du disque à n’importe quel prix: «je n’ai plus envie de chanter si c’est pour chanter une fois tous les trois mois», avait-elle dit dans les années 80. En 1992 pourtant, elle avait amorcé un retour en enregistrant un album dédié à Jacques Prévert. L’an dernier, son double album «Catherine Sauvage chante les poètes» avait été salué par la critique. Elle y rendait hommage une fois encore à ceux qui avaient nourri son art: Raymond Queneau, Jules Lafforgue, Francis Carco, Charles Baudelaire, Federico Garcia Lorca… (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Catherine Sauvage, «chanteuse d’amour, de révolte, et de larmes», ainsi que l’avait qualifiée l’écrivain Marguerite Duras, a été emportée dans la nuit de jeudi à vendredi par un cancer à 68 ans. Elle était un des symboles de la chanson rive gauche. De son vrai non Janine Saunier, née le 26 mai 1929 à Nancy, elle avait composé son pseudonyme de scène en empruntant son prénom à l’impératrice Catherine de Russie et son nom à une camarade de classe. Cette femme à la silhouette ascétique, que soulignait une coupe de cheveux à la garçonne, a été une des principales représentantes de la «chanson à texte», celle de Saint-Germain-des-Prés et des poètes, à l’instar d’une Juliette Gréco. Compagnon de route du Parti communiste, un temps épouse du comédien Pierre Brasseur, elle avait fait ses débuts au...