Deux pays d’Afrique de l’Ouest étaient à l’honneur, hier, accueillant deux missionnaires exceptionnels: le pape pour son dernier jour au Nigeria et Bill Clinton, au Ghana, pour la première étape de sa longue tournée africaine. Pour le pape, il s’agit d’un prosélytisme bien naturel: le Nigeria, mis au ban de la communauté internationale pour sa politique des droits de l’homme, n’en compte pas moins les plus grands séminaires catholiques du monde. Jean-Paul II, qui souhaite mieux ancrer le catholicisme en Afrique, terre de mission, a voulu faire du père Cyprian Iwene Tansi, un moine cistercien Igbo de l’est du Nigeria, le premier bienheureux d’Afrique de l’Ouest, pour africaniser et donner des références locales à une religion importée. Jean-Paul II était déjà venu, du temps du régime civil de Shehu Shagari, en février 1982, passer cinq jours au Nigeria, pendant lesquels il avait ordonné une centaine de prêtres à Kaduna, en pleine terre musulmane du nord du pays. Dix ans après la chute du Mur de Berlin et la fin de la confrontation Est-Ouest, «dont les seuls affrontements armés se sont faits par tiers-monde interposé», rappelait l’ancien président Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Bill Clinton est lui aussi parti en croisade pour proposer un nouveau partenariat à l’Afrique. Premier président américain à se rendre sur le continent noir depuis plus de vingt ans, Bill Clinton est aussi celui dont le marathon sera le plus long: onze jours et six escales: Ghana, Ouganda, Rwanda, Afrique du Sud, Botswana et Sénégal. Politiquement correct Ce périple, qui commence par un des haut-lieux de la traite négrière au 18e siècle et s’achèvera dans l’île de Gorée, au large de Dakar, devenue le symbole de l’esclavage, ne manquera pas de ravir l’électorat noir américain, traditionnellement acquis aux démocrates. Dans un pays plus «politiquement correct» que le Nigeria, Bill Clinton a une autre mission à remplir au Ghana. Décerner un satisfecit au pays et à son président arrivé au pouvoir en 1981 par un deuxième coup d’Etat (il avait déjà réussi un putsch en 1979) et maintenant légalisé à deux reprises par les urnes, en 1992 et 1996. Féliciter également Accra pour son opiniâtreté au libéralisme, qui a valu à ce bon élève des institutions de Bretton Woods de remonter la pente après les catastrophes économiques du début des années 1980. Dans la vieille rivalité qui oppose les deux principales anciennes colonies britanniques d’Afrique de l’Ouest, le Ghana aura eu le prestige américain, le Nigeria pouvant pour sa part s’honorer d’une seconde longue visite papale. A à peine mille kilomètres l’un de l’autre, les deux hommes se sentent investis d’un apostolat commun sur la promotion des droits humains. Arrivé lundi au terme de son voyage de trois jours au Nigeria, le pape a également plaidé pour les droits de l’homme et la démocratisation, donnant lui aussi sa leçon au régime militaire d’Abuja, à couteaux tirés avec Washington. Lors de son escale ougandaise, Bill Clinton devrait lui aussi tancer certains dirigeants de la région, dont le numéro un de la République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, pour obtenir une plus grande démocratisation, l’instauration du multipartisme et la libération d’opposants. La coïncidence de ces deux voyages démontre en tout cas que l’Afrique n’est plus un continent oublié. Le choix savamment dosé des étapes du périple de M. Clinton: francophones et anglophones, business et politique, Afrique de l’Ouest, du centre et du Sud, témoignent que les Etats-Unis n’ont voulu privilégier aucun de leurs partenaires potentiels, même si l’Afrique du Sud devrait constituer le gros morceau économique de ce voyage après l’escale plus politique de Kampala. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Deux pays d’Afrique de l’Ouest étaient à l’honneur, hier, accueillant deux missionnaires exceptionnels: le pape pour son dernier jour au Nigeria et Bill Clinton, au Ghana, pour la première étape de sa longue tournée africaine. Pour le pape, il s’agit d’un prosélytisme bien naturel: le Nigeria, mis au ban de la communauté internationale pour sa politique des droits de l’homme, n’en compte pas moins les plus grands séminaires catholiques du monde. Jean-Paul II, qui souhaite mieux ancrer le catholicisme en Afrique, terre de mission, a voulu faire du père Cyprian Iwene Tansi, un moine cistercien Igbo de l’est du Nigeria, le premier bienheureux d’Afrique de l’Ouest, pour africaniser et donner des références locales à une religion importée. Jean-Paul II était déjà venu, du temps du régime civil de Shehu...