L’augmentation de cas de nouveau-nés non désirés et tués à leur naissance incitent des hôpitaux hongrois à envisager des méthodes totalement illégales pour sauver ces bébés: placer des couveuses à leurs portes où les mères peuvent les déposer anonymement. «Quelque chose doit absolument être fait», a admis Gabor Csiba, responsable de la santé publique d’une ville industrielle du nord du pays, Miskolc, où l’administration locale a annoncé la semaine dernière son intention de placer des couveuses à l’entrée de l’hôpital municipal. Cette décision faisait suite à plusieurs cas d’abandons de nouveau-nés en mars, dont l’un à Miskolc. Les bébés ont été tués par leurs mères après la naissance, ou sont morts faute de soins médicaux. Selon la police, cinq petits cadavres ont été trouvés depuis le début de l’année dans le pays, et ce phénomène est en hausse: en cinq ans, la police a recensé en moyenne 21 cas de nouveau-nés tués chaque année à la naissance. En mai 1996, l’hôpital Schopf-Merei, à Budapest, a franchi le pas et installé une couveuse à ses portes. Depuis, quatre petits bébés y ont été apportés. Cet hôpital a lancé il y a deux ans un programme de prévention et de conseil unique dans le pays, destiné à réduire le nombre de bébés non désirés et qui «est devenu un programme national avec le soutien du ministère de la Santé», selon son directeur Gyorgy Garamvolgyi. «Au cours des deux dernières années, 289 mères en phase finale de grossesse ont fait part de leur intention de laisser leur enfant à des parents adoptifs ou à des centres publics de soins. Notre programme a permis d’en dissuader la moitié», explique M. Garamvolgyi. «Notre programme n’est pas d’avoir plus de bébés en couveuse, il est de convaincre les mères en détresse qu’elles peuvent recevoir de l’aide», ajoute-t-il. Judit Cseres, une psychologue, ancienne experte auprès de la police dans les affaires d’abandons à la naissance, explique notamment la recrudescence du phénomène par l’influence d’un été chaud sur les comportements sexuels. «C’est la peur» qui pousse des mères à tuer leur nouveau-né, ajoute Mme Cseres, citant notamment la peur de la réaction de leur mari ou de leur entourage à la nouvelle de leur grossesse. «Durant la grossesse, elles font comme si elles n’étaient pas enceintes (…) et l’accouchement a souvent lieu lorsqu’elles sont seules», selon elle. Son expérience de 15 ans dans ce domaine lui permet de tracer le profil type de la femme susceptible d’abandonner son enfant: elle a environ 20 ans, un mari, déjà plusieurs enfants et vit à la campagne. Mme Cseres remarque également qu’«en 1983, lors de la crise économique, 38 meurtres de bébés ont été enregistrés, tandis qu’en 1989, année de grandes attentes (avec la chute du communisme) seuls 11 cas ont été recensés. A nouveau, en 1994, qui fut une année d’importantes restrictions économiques, 28 ont été tués». L’avortement est légal en Hongrie jusqu’à la 12e semaine de grossesse, pour raisons médicales ou en cas de problèmes sociaux importants. (AFP)
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