L’Allemagne a tous les instruments pour décider d’une participation à une intervention de l’Otan au Kosovo, bien qu’elle ne soit pas encore dotée du gouvernement issu des législatives du 27 septembre, mais des réticences existent tant dans l’ancienne que dans la nouvelle majorité. Toute intervention de l’armée fédérale (Bundeswehr) est soumise à l’approbation de la majorité absolue du Bundestag, la Chambre basse du Parlement. En l’occurrence, il s’agit de l’Assemblée sortante, qui a toujours autorité tant que les nouveaux députés n’ont pas tenu leur réunion constitutive, prévue le 26 octobre, expliquent les experts. Seul bémol: la majorité conservatrice évincée lors des législatives du 27 septembre aura à cœur de ne pas prendre de décision qui engage le nouveau pouvoir — à tout le moins sa composante majoritaire, les sociaux-démocrates — contre son gré, soulignent des sources proches du dossier. La procédure prévoit tous les cas de figure. S’il décide une intervention de la Bundeswehr, le gouvernement réunit le Conseil des Anciens constitué de représentants des groupes parlementaires qui convoquent à leur tour la réunion du Bundestag. Le tout peut prendre de 3 à 5 jours. Mais le président du Bundestag — actuellement la chrétienne-démocrate Rita Suessmuth — peut lui aussi convoquer de son propre chef la chambre, qui commence par se prononcer sur la tenue d’un vote pour ou contre une intervention. Si le cadre juridique ne laisse aucune zone d’ombre, le fond politique est beaucoup moins net. Kinkel exige une «base juridique solide» La majorité sortante (Unions chrétiennes CDU/CSU et libéraux du FPD) est loin de parler d’une seule voix, même si les points de vue ont semblé converger à mesure que l’hiver — et la catastrophe humanitaire pour les 300.000 réfugiés albanais du Kosovo — approche. Le ministre de la Défense, Volker Ruehe (CDU), approuve des deux mains une intervention de l’Otan au Kosovo. «Il est important que nous ne laissions pas (le président yougoslave Slobodan) Milosevic spéculer» sur la volonté de Bonn, «et que l’Allemagne ne soit pas un frein», déclarait-il encore récemment. M. Ruehe a un contrepoids de taille en la personne du ministre des Affaires étrangères, le FDP Klaus Kinkel. Le chef de la diplomatie allemande réclame avant toute action une «base juridique solide», que la résolution de l’Onu exigeant la cessation des hostilités et l’engagement de négociations politiques ne peut constituer à elle seule, a-t-il affirmé à plusieurs reprises. M. Kinkel a toutefois élevé le ton vis-à-vis de Belgrade dans les derniers jours, laissant entendre qu’un cadre juridique pourrait être trouvé. «Si Milosevic continue de s’opposer aux résolutions des Nations unies et de l’Otan et refuse une solution politique au Kosovo, il doit en supporter les conséquences militaires», a-t-il été jusqu’à affirmer. Du côté de la majorité sociale-démocrate (SPD) sortie des urnes, les réticences sont de taille. Le potentiel ministre de la Défense du futur gouvernement, Günter Verheugen, a estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour une intervention au Kosovo sans un mandat des Nations unies. «On peut imaginer une situation dans laquelle le devoir humanitaire est si fort qu’un mandat de l’ONU ne s’impose pas nécessairement, mais telle n’est pas la situation au Kosovo», a-t-il affirmé, soulignant toutefois que le SPD n’avait pas «d’idée arrêtée» sur le sujet. «Il y a tout un catalogue de critères que nous devons examiner», a-t-il dit, citant les objectifs politiques d’une telle action, les chances de succès, les risques militaires et «la nature de l’engagement militaire».
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