La réforme des instances gouvernementales chinoises adoptée par le Parlement sonne le glas de l’affairisme auquel se livrait depuis des années l’Armée populaire de libération et annonce le retour progressif des militaires dans leurs casernes, estiment les analystes. Le plan de restructuration voté par les députés de l’Assemblée nationale populaire contient en effet une phrase qui a probablement hérissé une partie des officiers chinois plus habitués aux limousines et au luxe qu’à l’austérité de la vie militaire. «La Costind (Commission des sciences, des technologies et de l’industrie de la défense nationale) et la Commission économique et commerciale seront chargées de planifier en commun la production civile de l’armée», stipule le rapport inspiré par le futur premier ministre Zhu Rongji. «C’est l’amorce d’un retour vers une armée plus professionnelle, davantage tournée vers l’entraînement aux techniques modernes de combat que vers le marketing et la gestion», a estimé un expert occidental des questions militaires. «On va revenir à une situation plus saine avec des militaires dans les casernes et des civils dans les entreprises». L’APL, la plus grande armée du monde avec 3,2 millions d’hommes, tire des revenus très importants de son empire industriel, constitué de plus de 20.000 entreprises qui vont des transports aux mines de charbon, aux hôtels, restaurants, en passant par l’immobilier et même les boîtes de nuit. Certaines de ces sociétés forment de véritables conglomérats, comme Poly Group, China Xinxing Group ou Carrie Corporation. Cette dérive des militaires vers les affaires date de 1989. «Le régime chinois, reconnaissant de l’aide apportée par l’armée au parti pour mater les manifestants sur la place Tiananmen en juin 1989, a donné carte blanche aux militaires pour s’enrichir, sous couvert de participer aux réformes économiques», a rappelé cet expert. Le vent de la réforme Mais en lâchant la bride, le gouvernement et le parti ont également perdu le contrôle de cet empire colossal, à tel point que certains officiers ont aujourd’hui du mal à faire la distinction entre leur mission première de soldat et leur responsabilité de gestionnaire. «Ils ne mettent généralement pas longtemps à choisir entre une limousine avec chauffeur et une jeep de l’armée», a relevé avec ironie un diplomate européen. Toutefois, le vent de la réforme a déjà commencé à souffler au 15e Congrès du parti en septembre, qui a vu le départ des militaires du tout-puissant Comité permanent du bureau politique et l’annonce de la démobilisation de 500.000 soldats d’ici l’an 2000. La semaine dernière encore, le premier ministre Li Peng, dans son dernier discours devant les députés, a réclamé la formation d’une armée d’élite, moins nombreuse, mais mieux rompue aux techniques de la guerre moderne. Et mardi, le numéro un chinois Jiang Zemin a exhorté les officiers à montrer l’exemple en résistant au luxe et à la décadence et en adoptant un style de vie frugal. Les experts étrangers soulignent cependant que la restructuration du complexe militaro-industriel ne signifie pas pour autant que l’APL va avoir moins d’argent. «Le budget va continuer d’augmenter et l’Etat financera, comme par le passé, les commandes d’armement recommandées par la Costind, a déclaré un spécialiste asiatique. «Sous Mao Tsétoung, l’armée avait pris le contrôle de la politique. Puis, sous Deng Xiaoping, elle s’est lancée avec succès dans les affaires. Avec l’arrivée de Zhu, les miliaires devraient rentrer dans le rang et se concentrer uniquement sur la préparation au combat», a-t-il ajouté. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La réforme des instances gouvernementales chinoises adoptée par le Parlement sonne le glas de l’affairisme auquel se livrait depuis des années l’Armée populaire de libération et annonce le retour progressif des militaires dans leurs casernes, estiment les analystes. Le plan de restructuration voté par les députés de l’Assemblée nationale populaire contient en effet une phrase qui a probablement hérissé une partie des officiers chinois plus habitués aux limousines et au luxe qu’à l’austérité de la vie militaire. «La Costind (Commission des sciences, des technologies et de l’industrie de la défense nationale) et la Commission économique et commerciale seront chargées de planifier en commun la production civile de l’armée», stipule le rapport inspiré par le futur premier ministre Zhu Rongji. «C’est...