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Actualités - Chronologie

Sue, entre désespoir et dignité (photo)

Dérive et désespérance, mais sans apitoiement, c’est le sort de «Sue, perdue dans Manhattan», à la recherche de tout ce qui lui manque, un emploi, une amitié et un amour. «Je vis à New York et j’ai déjà vu de ces femmes, de belle apparence, intelligentes, et qui pourtant paraissent dériver peu à peu», déclare le réalisateur Amos Kollek. «Elles sont encore jeunes mais déjà plus assez pour entamer un tas de choses, comme par exemple se trouver un compagnon ou un ami», ajoute-t-il. La comédienne Anna Thomson apporte sa diaphanéité, sa fragilité et sa dignité au personnage de Sue, une femme venue tenter sa chance à New York et qui se retrouve au chômage et bientôt à la rue. Un emploi retrouvé mais bien vite perdu, une liaison avec un journaliste qui devenait sérieuse — après bien des passades — et une amitié naissante avec une jeune barmaid et étudiante n’y pourront mais. Sue finira sa vie sur un banc d’un parc de Manhattan. Du moins peut-on penser qu’elle meurt. Le cinéaste a laissé planer l’ambiguïté dans sa façon de filmer et on pourrait tout aussi bien croire qu’elle entame un long sommeil, épuisée, dont elle se réveillera pour dériver un peu plus. La caméra de Kollek n’est jamais voyeuse, même si elle donne parfois à cette fiction l’aspect d’un documentaire. «C’est un film au budget très faible et je n’avais donc pas le temps d’expérimenter. Mais de toute façon, je voulais quelque chose de très réaliste», explique-t-il. Sue paraît tout à fait inadaptée au monde tel qu’il est devenu, en témoigne jusqu’à son apparence (foulard, manteau, lunettes noires) qui la font parfois apparaître échappée d’un film des années 60. «Ce genre de personne essaya toujours de sauver les apparences, conserve ses bonnes manières et une certaine élégance jusque dans l’habillement; c’est aussi une question de génération», poursuit Kola. Elle est pourtant dépourvue de tout, d’un père dont il n’est fait nulle mention dans le film, et d’une mère frappée de la maladie d’Alzheimer. Quant à l’absence totale du père, Kollek dit simplement: «Je n’ai pas de réponse à ce sujet, je crois que je n’y ai sans doute pas pensé consciemment mais la place de la mère me paraissait plus importante parce qu’une mère incarne davantage un certain sentiment de sécurité, qui n’existe plus dans le film». «Pour ce qui concerne Sue elle-même, on peut dire qu’elle est d’un autre monde, d’une autre planète. Elle connaît bien les règles qui gouvernent le monde actuel, un monde de transmission et de communications accélérées, mais elle les rejette et ne peut donc s’y adapter». Il est visible que Kollek a un intérêt marqué pour les personnages en marge, à la dérive. «Je m’identifie peut-être avec eux», résume-t-il. «Sue perdue dans Manhattan», est sorti en France, après être passé notamment par les festivals de Toronto et de Berlin. Toronto a accueilli également un autre film d’Amos Kollek, «Fiona», avec encore Anna Thomson. L’actrice dit qu’on est revenu à la case départ avec «Fiona». «On m’avait déconseillé de faire ‘Sue’ puisque ce n’était pas du tout un film commercial», rappelle-t-elle. Mais le film s’est attiré un certain succès dans les différents festivals où il a été montré. «Ça recommence avec ‘Fiona’, on m’a dit que ça ne marchera pas, que les bonnes réactions qu’a suscitées ‘Sue’, ça peut marcher une fois mais pas deux». «C’est vrai que c’est un film vraiment dur et que je ne sais pas du tout ce qui va arriver», dit Anna Thomson, qui parle tantôt anglais, tantôt français. «Fiona» c’est au départ un documentaire d’Amos Kollek sur les prostituées de l’East Village, à New York. Kollek a eu ensuite l’idée de mélanger ce documentaire à un scénario de fiction. «J’ai découvert des filles incroyables, intelligentes, ouvertes, gentilles, avec beaucoup d’humour, qui nourrissent entre elles une amitié incroyablement chaude et véritable», observe Anna Thomson, à propos des prostituées. «En un certain sens, ‘Sue’ m’a préparé à ‘Fiona’. j’ai l’impression qu’avec ‘Sue’, on a créé quelque chose qui peut peut-être aider les gens. j’espère que ce n’est pas une thérapie pour moi seule», poursuit Anna Thomson, faisant référence au «trou noir» professionnel et personnel qui a suivi la disparition d’êtres qui lui étaient chers. (AFP)
Dérive et désespérance, mais sans apitoiement, c’est le sort de «Sue, perdue dans Manhattan», à la recherche de tout ce qui lui manque, un emploi, une amitié et un amour. «Je vis à New York et j’ai déjà vu de ces femmes, de belle apparence, intelligentes, et qui pourtant paraissent dériver peu à peu», déclare le réalisateur Amos Kollek. «Elles sont encore jeunes mais déjà plus assez pour entamer un tas de choses, comme par exemple se trouver un compagnon ou un ami», ajoute-t-il. La comédienne Anna Thomson apporte sa diaphanéité, sa fragilité et sa dignité au personnage de Sue, une femme venue tenter sa chance à New York et qui se retrouve au chômage et bientôt à la rue. Un emploi retrouvé mais bien vite perdu, une liaison avec un journaliste qui devenait sérieuse — après bien des passades — et une...