Redoutant des représailles à la suite de la rébellion militaire qui secoue la République démocratique du Congo, les Banyamulenge de Kinshasa se sont réfugiés dans la clandestinité. Des soldats banyamulenge (Tutsis congolais d’origine rwandaise) se sont rebellés, il y a une semaine à Kinshasa et dans l’est du pays, contre le régime du président de la RDC. Ils entendaient officiellement dénoncer une décision de M. Kabila de renvoyer dans leur pays les militaires rwandais qui avaient aidé l’actuel chef de l’Etat à renverser son prédécesseur, Mobutu sese Seko, et à s’emparer du pouvoir en mai 1997. Le ministre de la Justice de la RDC, Mwenze Kongolo, a annoncé que les forces armées avaient mis fin au soulèvement des soldats banyamulenge dans la capitale. Mais il a précisé que les combats se poursuivaient à Bukavu (est), l’une des villes avec Goma de l’extrême est du pays où la rébellion avait commencé, et à Kitona, une localité du sud-ouest, où elle s’est étendue mardi. Une semaine après le début des troubles, le gouvernement n’a dressé aucun bilan. La fin officielle du soulèvement à Kinshasa n’a pas rassuré les civils banyamulenge et les soldats banyamulenge restés fidèles au régime qui craignent pour leur vie. Les membres de cette communauté sont invisibles dans la capitale. Nombre d’entre eux se sont cachés chez des amis ou ont été pris en charge par des personnes de bonne volonté. Des «inciviques» Les craintes des Tutsis congolais sont d’autant plus justifiées que le gouvernement de la RDC a demandé à la population de «dénicher et de dénoncer» auprès des autorités les «inciviques et l’ennemi» qui ont «troublé l’ordre public dans le pays». Le gouvernement n’a pas identifié formellement les «inciviques» mais l’allusion aux Banymulenge paraissait transparente. Appuyées par la police, les forces armées continuent à mener des actions de ratissage dans plusieurs quartiers pour rechercher les «inciviques». D’après des témoins, des dizaines de Tutsis ont été arrêtés pendant ces ratissages. La représentation des Nations Unies à Kinshasa avait accusé les forces gouvernementales d’avoir «enlevé» quatre de ses employés tutsis qui ont été conduits vers une destination inconnue. Elle avait menacé de protester auprès du gouvernement. Des policiers ont encerclé et fouillé systématiquement un immeuble dans le quartier de Gombe, dans le centre de Kinshasa, où sont logés des Banyamulenge, selon des témoins. L’action s’est déroulée en présence des badauds prêts à porter main forte aux forces de l’ordre. Comme lors de la «guerre de libération» contre le pouvoir de Mobutu de novembre 1996 à mai 1997, la population de Kinshasa exprime à nouveau ses sentiments d’hostilité et de xénophobie contre les Banyamulenge. Elle n’hésite pas à coopérer avec les forces de l’ordre pour dénoncer la présence des Tutsis dans leurs quartiers. Une mise en garde contre toute haine tribale, lancée la semaine dernière par M. Kongolo après l’annonce du départ des soldats rwandais, n’a manifestement pas calmé les esprits. Pour Mathieu, un domestique, «les Banyamulenge, ce sont nos ennemis. Si je vois un Banyamulenge, je vais prendre la machette pour lui couper la tête». «Les Banyamulenge n’ont jamais été des citoyens congolais, renchérit Paul, un journaliste. «Ce sont des étrangers qui doivent rentrer chez eux au Rwanda. Ici, ils ne parviennent pas à s’intégrer et sont méprisants envers nous». (AFP)
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