Emine verse les dernières gouttes sur un linge et tamponne le front de son bébé. Dans les montagnes arides du centre du Kosovo, trouver de l’eau est une question de survie à court terme pour des dizaines de milliers de personnes fuyant les obus serbes. Ils sont une centaine, écrasés de chaleur, prostrés dans une clairière à l’ombre de grands chênes aux abords du village de Ponorac, dans le centre de la province rebelle. Certains ont fui le 28 juillet l’avancée de l’armée et de la police vers le bourg voisin de Malisevo, ancienne place-forte des combattants de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). D’autres sont arrivés pendant la nuit, chassés par les bombardements de régions plus au sud. Le va-et-vient de tracteurs tirant des remorques chargées de femmes et d’enfants hagards est incessant. «Hier après-midi, les gars de l’UCK nous ont dit qu’il fallait fuir nos maisons, que cela devenait trop dangereux, soupire Emine en balançant le petit berceau de bois. Nous avons marché toute la nuit, puis au matin un fermier nous a emmenés ici». Pour l’instant, elle nourrit au sein son fils de sept mois, atone, écarlate dans ses langes. Une femme plus âgée s’approche: «Tu verras, si tu ne bois pas assez, dans quelques jours tu n’auras plus de lait. C’est ce qui est arrivé à ma fille». L’émissaire américain au Kosovo, Christopher Hill, a estimé qu’«un cauchemar humanitaire» menaçait la province. Pour Emine, Hasan, Kada et les autres, il a déjà commencé. Les adolescents, filles et garçons, font le va-et-vient avec l’unique puits du village, apportant l’eau dans des bouteilles de plastique. Puits à sec «Mais il n’y a pas assez d’eau ici!», gémit Hasan Berisha, assis au volant du tracteur avec lequel il a fui le village de Kpuz, dans la vallée voisine. «Les habitants nous aident comme ils peuvent, mais nous sommes trop nombreux», dit-il. Les combattants de l’UCK et les responsables locaux de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) tentent d’aiguiller les déplacés sur les pistes de l’exode, en fonction des ressources en eau disponibles. «Mais c’est une région aride, se lamente Jakup Kastrati, délégué de la LDK à Malisevo. Plusieurs puits se sont déjà asséchés. Qu’attend le monde? Que les enfants et les vieux commencent à mourir? Rassurez-vous, cela ne va pas tarder. J’ai déjà entendu des rumeurs de vieillards morts d’épuisement». «En Bosnie, en Croatie, ils se sont battus pendant des années. Il y a eu des milliers de victimes, s’emporte-t-il. A la fin, ils ont négocié. Il faut que nous mourrions en aussi grand nombre pour faire la même chose?». La Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) ont entamé au cours des derniers jours des distributions de vivres et d’eau. Mais face à l’ampleur des déplacements de populations et à l’étendue des zones à couvrir, «c’est écoper un lac à la petite cuillère», estime à Pristina un responsable humanitaire. Aux abords du village de Lapsevo, de l’autre côte d’une ligne de crêtes, un petit millier de personnes a trouvé refuge dans un maquis de chênes-liège. Au loin, des colonnes de fumée montent de villages en flammes. Les hommes ne peuvent détacher les yeux du spectacle de leurs fermes et leurs récoltes en feu. Les femmes font la queue devant un tuyau d’où coule un mince filet d’eau. «Nous n’avons jamais eu l’eau courante ici», explique Faik Halilaj, le chef du bourg. «L’autre puits est sec depuis deux jours. Il n’y en a pas d’autre à des kilomètres à la ronde. En temps ordinaire, nous sommes 1.100 ici. Aujourd’hui, cela doit dépasser les 6.000, dont deux cents bébés ou petits enfants. En mettant tout en commun, le village a trois jours de vivres», ajoute-t-il. A la nuit tombée, les plus téméraires se glissent à travers champs jusqu’aux berges de la rivière Bistrica, tout en bas dans la vallée. «Les Serbes tirent à vue», affirme un jeune homme. «Les gars de l’UCK combattent encore sur l’autre berge. Mais ils ne tiendront pas longtemps». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Emine verse les dernières gouttes sur un linge et tamponne le front de son bébé. Dans les montagnes arides du centre du Kosovo, trouver de l’eau est une question de survie à court terme pour des dizaines de milliers de personnes fuyant les obus serbes. Ils sont une centaine, écrasés de chaleur, prostrés dans une clairière à l’ombre de grands chênes aux abords du village de Ponorac, dans le centre de la province rebelle. Certains ont fui le 28 juillet l’avancée de l’armée et de la police vers le bourg voisin de Malisevo, ancienne place-forte des combattants de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). D’autres sont arrivés pendant la nuit, chassés par les bombardements de régions plus au sud. Le va-et-vient de tracteurs tirant des remorques chargées de femmes et d’enfants hagards est incessant. «Hier...