L’ancien dictateur communiste bulgare Todor Jivkov, doyen et dernier survivant des dirigeants de l’Est de l’époque communiste, est décédé mercredi soir à 86 ans. Todor Jivkov a passé 35 ans à la tête de la Bulgarie et, à l’instar de Erich Honecker en RDA, de Nicolae Ceausescu en Roumanie et de Léonid Brejnev en Union Soviétique, il était un des noms symboles du système communiste. Il est décédé à l’hôpital de Lozénetz, à Sofia, après un coma cérébral provoqué par une broncho-pneumonie bilatérale guérie en juillet dernier, mais ayant déclenché des complications progressives dans le cerveau, selon un communiqué médical. Allié fidèle de tous les «numéros un» soviétiques de Khrouchtchev à Brejnev, Jivkov n’a jamais pu s’adapter à la «perestroïka» de Mikhaïl Gorbatchev à la fin des années 80, et a été limogé le 10 novembre 1989 par des communistes réformateurs. Moqué pour son accent paysan et sa servilité envers Moscou, accusé pour la catastrophe économique qui a suivi sa chute, Jivkov est pourtant resté très populaire: confrontés au chômage, à la pauvreté et à l’insécurité, certains Bulgares demeurent nostalgiques de «l’époque Jivkov». Né le 7 septembre 1911, Todor Jivkov a été élu premier secrétaire du Parti communiste le 4 mars 1954. Il a été chef de gouvernement du 19 novembre 1962 au 7 juillet 1971, date à laquelle il est devenu chef de l’Etat. Selon des documents découverts après sa chute, M. Jivkov aurait même proposé en 1963 puis à nouveau en 1973 de transformer la Bulgarie en une république soviétique, mais Moscou aurait refusé, craignant une réaction internationale. Dictateur habile, Jivkov n’a laissé les mouvements dissidents se développer que pendant la dernière année de son pouvoir. Arrêté dès janvier 1990, il fut placé en résidence surveillée dans la villa de sa petite-fille, Evguénia, à Boïana, banlieue de luxe de Sofia, puis condamné en 1992 à 7 ans de prison pour détournement de 21 millions de léva (21 millions de dollars au cours de l’époque) et d’abus de pouvoir. Acquitté en 96 Il a été notamment accusé d’avoir autorisé l’achat à des prix bas d’appartements et de voitures de luxe par ses proches et d’avoir octroyé des frais de représentation indus à des collaborateurs. Après de nombreuses péripéties, l’assemblée générale de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire, l’a acquitté en 1996, arguant qu’en tant qu’ancien chef d’Etat, il ne peut être tenu responsable que de haute trahison, selon la Constitution. Il était cependant toujours inculpé dans d’autres affaires: détournements de fonds en faveur de régimes pro-communistes du tiers-monde et en faveur du mouvement communiste international, et changement forcé des noms des Bulgares d’origine turque en 1984-85. Son assignation à résidence surveillée fut levée en 1997, et depuis, il sortait librement. A chaque fois, d’anciens communistes et des curieux s’empressaient de lui serrer la main et de scander son nom. Dans ses mémoires publiés en juillet 1997, il déclare qu’il n’a eu «aucune raison de se repentir» et qu’il est «fier» des résultats de sa gestion. Son épouse, Mara Maléeva, est décédée en 1972 et il a reporté tous ses espoirs sur leur fille unique Ludmila, lui confiant le ministère de la Culture et la faisant entrer au bureau politique du PC. Après avoir tenté d’ouvrir la Bulgarie à la culture occidentale, Ludmilla est décédée en 1981, à 40 ans. Sa mort n’a jamais été élucidée. Son fils Vladimir n’a jamais pu progresser en raison d’un alcoolisme chronique et sa petite-fille Evguénia est dessinatrice de mode, gérant plusieurs boutiques de luxe à Sofia et à Plovdiv. Il habitait jusqu’à la fin avec Evguénia, son époux et leurs deux filles. Son petit-fils, Todor, accusé dans un procès de viol, a été extradé de la Suisse pour être jugé en Bulgarie. (AFP)
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