Est-il sérieux de parler du vert, quand le Liban adopte de plus en plus le gris du béton pour dessiner son paysage? Non seulement c’est sérieux, mais c’est salutaire. La jeune génération qui grandit à l’ombre de tours inhumaines ne connaît de la nature que ce que veut bien lui montrer la télévision. Et souvent, c’est une nature américaine, européenne, ou africaine. Mais qu’en est-il de la nature libanaise? En dehors des reportages alarmants sur un environnement sinistré, peu de choses. Or cette nature, même si elle se porte mal, survit grâce à l’action de quelques passionnés qui se sont lancés depuis quelques années dans une aventure de la dernière chance. Les réserves naturelles se multiplient de Bécharreh à Yamouneh, en passant par les hauteurs de la région de Jbeil. D’autres ont adopté une démarche plus modeste, mais aussi ambitieuse. Parmi eux, Vivianne Torbey s’est posée la question de savoir quelle était la place du jardin dans le patrimoine libanais. Ce jardin libanais existe-il vraiment? «C’est un jardin essentiellement paysan, nous dit-elle. Utilitaire, il fournit à la maison ce dont elle a besoin pour nourrir la famille: le basilic pour le kebbeh, le persil pour le tabouleh, le jasmin et la lavande pour parfumer le linge... Quelques arbres fruitiers comme le figuier, le prunier ou un pied de vigne, pour fournir un dessert pas cher. L’esthétique n’était pas négligée. Des fleurs, aujourd’hui tombées dans l’oubli, comme le muflier, avaient leur place. Bref, c’est un jardin sans prétention, entretenu, mais non façonné. A l’image du paysan libanais, rude et tendre à la fois». La paysagiste qu’est Viviane Torbey a essayé alors de recréer ce jardin. A la réaction des gens qui ont visité son exposition au Centre cuturel français, on comprend qu’elle y a réussi. Autour d’une fontaine, quelques jarres, 2 ou 3 rouleaux en pierre et un mortier pour kebbé; des plantes de cèdre ou des pins parasols venus directement de Bécharreh. Des fleurs rustiques et anciennes agrémentent ce décor réussi. «Les gens s’étonnent de ne pouvoir acheter ce qu’ils voient. Or, je suis avant tout motivée par l’envie de donner envie: envie de verdure, de fleurs et l’amour d’en prendre soin. La plupart des gens pensent qu’un jardin c’est forcément grand et coûteux. Or, il n’en est rien. Il suffit de quelques pots fleuris sur un petit balcon pour que recule la morosité». Une attitude à l’opposé de l’intégrisme écologique qui sévit en Europe et qui aura plus de chance de s’adapter à la mentalité individualiste du Libanais.
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