Baisse des investissements, sortie de capitaux étrangers, recul des exportations, dérive des finances publiques, croissance trop faible: plusieurs rapports indépendants dressent un tableau négatif de l’économie libanaise en 1997. Selon le rapport de la Banque Audi, la croissance a connu un «net ralentissement» l’an dernier et s’est établie à 3,5% contre 4% en 1996 et 7% en 1995. De nombreux autres spécialistes, dont le chercheur économique Marwan Iskandar, estiment même que la croissance a été inférieure à 3%. Or le Liban, confronté à de forts déficits publics et extérieurs, a besoin encore de plusieurs années de forte croissance pour réussir son pari d’une reconstruction rapide après les ravages de la guerre. Le produit intérieur brut (PIB) a atteint 14,9 milliards de dollars, selon le ministère des Finances. L’inflation, calculée en dollars, s’est établie à 10%, selon une étude de l’économiste Kamal Hamdan. Le ralentissement de l’activité est essentiellement imputable à une forte régression des exportations (-36,9%) accompagnée d’une baisse de 1,4% des importations et de 2,3% des entrées de capitaux (7,15 mds USD), précise le rapport de la Banque Audi. Les dépenses courantes de l’Etat et un léger frémissement de la consommation ont néanmoins aidé à soutenir la croissance. Mais la détérioration des finances publiques a eu une influence négative sur l’investissement, ainsi que sur la consommation privée et publique. La dette publique totale a augmenté de 14,9% en 1997 à 14,4 mds USD, selon le rapport de l’Association des Banques Libanaises et représente 86,6% du PIB. La dette externe s’est accrue (+32,9%) à 2,3 md USD, selon la Banque centrale. Le déficit budgétaire a atteint 23,4% du PIB en 1997 (+5,32%). Le service de la dette interne a représenté 36,9% des dépenses du budget (4 mds USD), selon le rapport de la banque Audi. La baisse des investissements de 4% en volume, notamment dans le secteur de l’immobilier — qui a englouti 8 mds USD ces cinq dernières années et qui souffre d’un stock d’invendus —, a eu aussi pour effet de freiner l’activité, ajoute le rapport. Le total des exportations agricoles et industrielles est tombé à 642 millions USD, contre 1,01 md USD l’an dernier. Les importations de machines industrielles ont régressé de 51,8%. L’énorme déficit de la balance commerciale a encore augmenté: 6,8 mds USD (pour des importations de 7,5 mds USD), contre 6,5 mds en 1996. Le tourisme, point fort potentiel s’il réussit à se développer, a fait bonne figure: le nombre de touristes a augmenté de 25% en 1997, soit 525.000 personnes. En revanche, l’activité du port de Beyrouth, baromètre du transport maritime, a baissé de 6,8% pour les navires et de 4,8% pour le tonnage. Sur le plan monétaire, la politique de stabilisation a souffert de la crise des marchés internationaux, notamment asiatiques, et des désinvestissements des bons du Trésor locaux de la part des investisseurs étrangers. Les conversions et les sorties de capitaux ont exercé une forte pression sur le taux de change de la livre libanaise qui s’est dégradé. Les réserves nettes en devises de la Banque centrale ont pratiquement diminué de moitié à 2,43 mds USD en décembre contre 4,08 mds USD fin 1996, selon l’Association des Banques. Parmi les signes encourageants relevés dans les différents rapports, on relève une progression de 22,7% de l’activité bancaire (le total de bilan des 71 banques du pays ayant atteint 29,88 mds USD), la hausse de 55,7% à Beyrouth et de 67,7% à l’étranger des actions bancaires en bourse. Mais la «dollarisation» s’est accrue de 7,4% à 63,9% pour l’exploitation bancaire, et s’est maintenue à 88% pour les crédits.
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