En larmes, Bahja Marsai évoque le jour où, il y a sept ans, elle a vu partir pour la dernière fois à l’hôpital dans lequel elle travaillait, sa fille Samira, 26 ans, faite prisonnière par l’armée irakienne. «Ma fille n’avait rien fait», murmure-t-elle les lèvres tremblantes. «Elle n’était qu’une simple infirmière. Ils (les Irakiens) l’ont arrêtée uniquement parce qu’elle était koweitienne», assure cette mère exaspérée par l’intérêt porté par la communauté internationale aux enfants irakiens victimes de l’embargo et non aux «otages koweitiens». Le Koweit accuse l’Irak de détenir quelque 600 ressortissants koweitiens depuis son occupation de l’émirat en 1990- 91, ce que Bagdad dément catégoriquement. La mission à Bagdad du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, qui tente depuis vendredi de désamorcer la crise sur le désarmement irakien, a ressuscité chez certaines familles de «prisonniers» koweitiens l’espoir d’un éventuel retour de leurs proches. Le premier novembre 1990, trois mois après l’invasion irakienne du Koweit, Dadae al-Hariri, mère de trois enfants, la trentaine à l’époque, tente de faire parvenir de la nourriture à des Britanniques cachés dans une maison voisine. Ils sont tous arrêtés et transférés à Bagdad. Les Britanniques seront relâchés après la libération du Koweit en février 1991. Mais Dadae n’est pas revenue, selon sa mère Latifa qui vient de perdre son mari. «Il était tellement déprimé, tellement triste», raconte-t-elle, ajoutant que son vœu le plus cher était de «revoir sa fille avant de mourir». Pour la plupart, les disparus ont été arrêtés durant les premiers mois de l’occupation de l’émirat à partir du 2 août 1990, selon le président du comité koweitien des prisonniers, Douaij al-Anzi. «Pour un petit pays comme le Koweit, poursuit-il, les disparus représentent 0,1% de la population, l’équivalent pour les Etats-Unis de 250.000 personnes et pour la Chine d’1,12 million. Que se serait-il passé si 250.000 Américains avaient été faits prisonniers par un pays étranger?», s’interroge-t-il. Abdel Hamid al-Attar, lui, ne croit pas que la mission de M. Annan lui rendra son fils Jamel, un fonctionnaire de 36 ans, arrêté le 15 septembre 1990 avec quatre de ses camarades. «Nous pensons que Kofi Annan n’est préoccupé que par une question: les armes. Pas les prisonniers. Je ne crois pas que le secrétaire général de l’ONU soit venu de New York à Bagdad pour prier (le président irakien) Saddam Hussein de libérer les prisonniers koweitiens», relève M. Attar, désabusé. Quelques mois après l’arrestation de son fils, se souvient-il, des Irakiens étaient venus frapper à sa porte pour réclamer une rançon. Il a d’abord payé: deux postes de télévision couleur et 60.000 dollars en liquide. Mais son fils n’est pas revenu. Et lorsque d’autres soldats sont revenus, «nous n’avons plus payé», déclare-t-il. Pour M. Anzi, l’argent ne sert à rien pour ramener les prisonniers. «Si c’était une question d’argent, nous serions prêts à payer n’importe quoi. Mais ce n’est pas l’argent». «Nous ne savons vraiment pas pourquoi ils (les Irakiens) les gardent, si ce n’est pour s’en servir comme monnaie d’échange dans de futures négociations», ajoute-t-il. Aïcha Hamid serre contre sa poitrine la photo d’un jeune homme souriant dans un cadre entouré d’un ruban jaune. Son fils Abdel Razzak, 27 ans, a été fait prisonnier le 5 novembre 1990 à son retour d’Arabie Séoudite. «J’espère qu’il est toujours en vie. Des personnes libérées étaient venues me raconter l’avoir vu dans une prison à Bagdad», dit-elle. «Je ne sais pas pourquoi ils le gardent. Je ne sais pas ce qu’il y a dans la tête de Saddam Hussein. Mais je garde espoir. Je crois en Dieu», conclut-elle résignée. (AFP)
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