Le prix Nobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu, qui préside la commission, a tenu à rappeler, lors de l’ouverture de l’audience, qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un procès et que la TRC se souciait tout d’abord des victimes et des survivants.
L’ex-épouse du président sud-africain Nelson Mandela a été convoquée devant cette commission d’enquête consacrée aux activités du Mandela United Football Club au cours de la dernière décennie du régime d’apartheid en Afrique du Sud.
Winnie Madikizela-Mandela, actuellement à la tête de la Ligue des femmes du Congrès national africain (ANC) et candidate à la vice-présidence de l’ANC en décembre prochain, sera principalement confrontée à Katiza Cebekhulu, un ancien proche revenu d’exil en Grande-Bretagne pour témoigner lors de cette audience.
Il y a quelques mois, Cebekhulu publiait à Londres un ouvrage sur les dérives de l’entourage de Winnie Mandela dans lequel il racontait notamment qu’il l’avait vu poignarder, en 1989, le jeune Stompie Seigel, âgé de 14 ans, soupçonné d’être un informateur de la police de l’apartheid.
D’autres témoignages pourraient l’impliquer dans le meurtre d’un ami de la famille, le docteur Abou Baker Asfat, dernier médecin à avoir examiner le jeune Seigel avant d’être à son tour assassiné.
A plusieurs reprises au cours de son allocution d’introduction, Desmond Tutu a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas du procès de Winnie Madikizela-Mandela et que la commission ne rendrait aucun verdict.
«Nous ne sommes pas un tribunal (…) et ce n’est pas un procès. Nous ne prononcerons pas un verdict d’innocence ou de culpabilité (…). Nous n’avons l’intention de ne mettre personne au pilori, de n’humilier ni de ridiculiser personne», a-t-il déclaré.
«Nous voulons trouver la vérité afin de pouvoir guérir notre pays», a-t-il ajouté.
L’ANC à la barre
Mgr Tutu a cependant précisé que la commission publierait un rapport au mois de juillet. Le ministère public pourra alors choisir de suivre les conclusions de ce rapport en cas de violations des droits de l’homme flagrantes si l’auteur présumé ne s’est pas porté candidat à l’amnistie qui couvre les crimes politiques en Afrique du Sud.
Lundi matin, les amis de Winnie Madikizela-Mandela l’ont acclamée lors de son arrivée devant le siège des affaires sociales de Johannesburg, où se dérouleront les cinq journées d’audience. De bleu pâle et de blanc vêtue, portant trois rangs de perles, Winnie Madikizela-Mandela était entourée de ses avocats.
Premier témoin à comparaître sur les 35 qui devraient se succéder à la barre, Thami Hlatswayo, ancien militant de l’ANC, affirme que Vincent Sefako, chef d’une milice de l’ANC, a été tué par la garde rapprochée de Winnie Mandela à cause de sa liaison avec la fille des Mandela et qu’il ne serait pas mort dans un accident de voiture.
Sefako, militant envoyé par Lusaka pour combattre l’apartheid, lui aurait confié, quelques jours avant sa mort, qu’il était menacé par le clan de Winnie Madikizela-Mandela.
«Mon commandant était amoureux de la fille de Mme Mandela et Mme Mandela n’aimait pas ça du tout», a expliqué Thami Hlatswayo, qui s’exprimait partiellement en zoulou, partiellement en anglais.
Selon lui, Sefako a été tué pour cette affaire de cœur et également parce qu’il dirigeait une unité de combat dont Winnie Mandela voulait récupérer le contrôle.
Au cours de cette première journée, devaient également témoigner un ancien chauffeur de Winnie Madikizela-Mandela, John Morgan ainsi que Xoliswa Falati, inculpé avec elle en 1991 de l’enlèvement de Stompie Seigel.
La plupart des accusations sont connues du public depuis longtemps. Cependant, jusqu’à aujourd’hui les membres influents de l’ANC avaient évité de témoigner contre l’ex-épouse de leur leader historique.
Albertina Sisulu, épouse de Walter Sisulu, dirigeant historique de l’ANC, pourrait être appelée à témoigner ainsi que Cyril Ramophosa, l’ancien secrétaire général du parti.
Au total, Winnie Madikizela-Mandela, qui a repris son nom de jeune fille après le divorce, serait impliquée dans huit meurtres, quelques affaires de passages à tabac et la disparition de plusieurs personnes soupçonnées de collaborer avec la police.
En postulant à la vice-présidence de l’ANC, elle met les membres de ce parti dans une position difficile. Si elle parvient à ce poste, elle aura quasiment la voie libre pour accéder au poste suprême après le retrait de Nelson Mandela de la vie publique, qu’il a annoncé pour 1999.
La semaine dernière, le ministre des Sports, Steve Tshwete, l’a publiquement traitée de «charlatan» et de «populiste de salon», encourageant par son geste les autres membres de l’ANC à se positionner sur le «cas Winnie» et à révéler ce qu’ils savaient de ses activités pendant la lutte contre l’apartheid. (AFP)


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