Ils sont une dizaine, âgés entre huit à dix ans et pèsent au maximum 12 à 15 kilos. Leur nudité laisse apparaître des os saillants qu’ils traînent difficilement dans des pièces grises apparemment non meublées. Certains sont accroupis dans un coin, en train de faire leurs besoins.
Ce sont les images d’un reportage de la télévision norvégienne TV2 tourné dans l’hôpital psychiatrique pour enfants de Belovodskoïe, à 42 kilomètres au nord de la capitale kirghize, Bichkek.
Le gouvernement kirghize a reconnu que le tournage avait bien eu lieu en juillet dernier, à Belovodskoïe, mais a démenti catégoriquement que les 167 petits malades mentaux, âgés de quelques mois à peine, étaient sous-alimentés.
«Le groupe d’enfants montrés par la télévision souffre d’une maladie, l’oligophrénie (arriération mentale): Ils ne peuvent pas se nourrir, si on les nourrit de force ils recrachent les aliments», a expliqué le vice-premier ministre Kirghize chargé des Affaires sociales, Mira Djangaratcheva.
«Le sujet de la chaîne norvégienne, qui montre un établissement comparable à un camp de concentration ne correspond pas à la réalité», a ajouté Mme Djangaratcheva qui, pour le prouver, a convoqué la presse au sein même de l’établissement fraîchement nettoyé. Les journalistes ont pu voir dans des pièces de quatre lits des enfants attachés, d’autres se tapant dessus, mais visiblement bien nourris.
Les membres de l’établissement, apparemment gênés d’ouvrir leurs portes et qui ont refusé de s’identifier, ont tenté eux aussi de démonter les images insoutenables.
Deux dollars de
nourriture
«Le sujet a été tourné cet été, il faisait très chaud, donc les enfants se promenaient tout nus», explique un des médecins de l’hôpital.
«Le fait qu’ils mangent des miettes à quatre pattes est une conséquence de leur maladie: ils se prennent pour des loups ou des chiens. Des images montrent des enfants attachés aux lits les mains liées: c’est fait exprès pour qu’ils ne se blessent pas. S’ils ne sont pas attachés ils peuvent mordre les autres enfants par exemple», poursuit un autre médecin.
Selon NTV, les enfants ne voient qu’une fois par jour des adultes qui leur apportent une soupe de riz, mais Mme Djangaratcheva affirme que chacun reçoit l’équivalent de 2 dollars de nourriture quotidienne (le salaire moyen mensuel kirghize est de 15 dollars).
Toujours selon la chaîne russe, la plupart des enfants sont en bonne santé quand ils sont internés, mais un tiers d’entre eux meurt chaque année.
«A l’époque soviétique, 44 enfants mourraient chaque année mais depuis début 1997, seuls 10 sont décédés» dans l’hôpital qui dépend du gouvernement, a rétorqué le vice-premier ministre kirghize.
La diffusion de ces images, peu avant la visite de l’épouse du président américain Bill Clinton, Hillary, a créé un vrai scandale dans cette ex-république d’Asie centrale où la femme du chef d’Etat kirghize, Askar Akaïev, Maïram Akaïeva, est fondatrice d’une association humanitaire d’aide aux handicapés, Méerim.
Le reportage avait été commandé par l’organisation humanitaire danoise «Sauvez les enfants» dans le but d’attirer des donations pour améliorer les conditions d’internement. «Mais la télévision norvégienne l’a diffusé sans accord préalable» avec l’organisation, s’est insurgée la représentation de «Sauvez les enfants» au Kirghizstan, qui «attend des explications».
Le gouvernement a, de son côté, dénoncé «la violation de la convention internationale sur les droits des enfants montrés à la télévision sans accord parental» et a multiplié les réunions, tandis que les parents des internés ont protesté contre la projection du sujet.
En Russie, la femme du président Boris Eltsine, Naïna, a pour sa part demandé à la Croix-Rouge russe d’aider les petits de Belovodskoïe. (AFP)


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