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Actualités - Analyse

Perspectives 98 : doutes persistants sur le plan local...

Les choses vont si bien en ce moment dans ce pays de cocagne qu’une seule question court sur toutes les lèvres: la dégringolade générale de la situation ne risque-t-elle pas de compromettre le processus de passation de pouvoir dans un an entre le président Elias Hraoui et son successeur? Pourra-t-on assister à un changement de personne à la tête de l’Etat dans le calme et à travers l’exercice d’une saine, d’une tranquille démocratie? Le président de la République sera-t-il en mesure de remettre au prochain locataire de Baabda les clés d’une nation jouissant d’une solide stabilité sécuritaire, politique, financière, économique et sociale?
Va-t-on au contraire subir une année de tiraillements acharnés et de tension exacerbée à cause des présidentielles, comme ce fut le cas en 1995 avant qu’on ne se décidât à opter pour la prorogation? Les prix, les taux d’intérêt et les attaques des spéculateurs encouragés par la déstabilisation vont-ils flamber comme alors? La Banque centrale va-t-elle se trouver obligée de se délester de ses réserves en devises fortes pour soutenir la Livre, à un moment où elle ne s’est pas encore remise du coup que lui a porté la dernière brouille Berry-Hariri qui s’est soldée par une hémorragie d’un milliard de dollars dans ce stock de secours?

Activités en
coulisses

Et pourquoi le président du Conseil, qui s’était alarmé à juste titre à l’époque demandant qu’on tranchât sans tarder la question des présidentielles pour mettre fin aux pertes financières du pays, a-t-il adopté cette fois une attitude radicalement opposée, lançant lui-même la campagne dès octobre comme on lâche la bride à un cheval fou? N’était l’intervention de Damas, qui a condamné cette initiative comme prématurée et bloqué le jeu, n’en serait-on pas déjà à s’étriper sur la scène dite politique? L’effort de retenue obtenu des dirigeants tiendra-t-il la distance face aux manœuvres préparatoires des candidats potentiels qui s’activent déjà beaucoup en coulisses? Les passions, les ambitions, les antipathies, les jalousies, les luttes d’influence refoulées ne risquent-elles pas d’exploser brusquement, une fois que l’on en aura terminé avec le débat sur le budget qui focalise par la force des choses l’attention publique de la caste politique?

Secousses politiques artificielles

Il est très important que la population, confrontée à de sérieux problèmes socio-économiques voire de subsistance, ne soit pas exposée aux néfastes retombées de secousses politiques artificielles, d’ici les élections présidentielles. Il s’agit de savoir si les membres de la troïka vont savoir cette fois respecter la trêve dont ils sont convenus sur injonction expresse de Damas et qui s’articule, du moins pour deux d’entre eux, MM. Berry et Hariri, autour d’un accord en six points conclu à Baabda sous l’égide de M. Hraoui. On est cependant autorisé à en douter du moment que le lendemain même de cette énième réconciliation, MM. Hraoui et Hariri en venaient à en découdre à cause des nominations administratives…

Quelques
raisons

Et puis les tentations, les occasions de disputes sont trop nombreuses pour que les responsables et les politiciens — sauf miracle — y résistent:
— Le déficit budgétaire que le gouvernement prétend limiter à 37%. Même ambition l’an dernier et en fin de parcours on se retrouve maintenant avec un déficit de quelque 55%, ce qui doit mettre en fureur la Banque mondiale. Cette institution, qui avait aidé le Liban à obtenir 400 millions de dollars, promet en effet des crédits variés cette fois pour un montant global d’un milliard de dollars, à condition que le pouvoir assainisse un tant soit peu ses pratiques et l’état des finances publiques en luttant contre la corruption, la gabegie et le gaspillage. Ces facteurs aggravent un déficit dont les deux causes principales restent le service (paiement des intérêts) très lourd d’une dette publique s’élevant à plus de 13 milliards de dollars et le manque de ressources provoqué notamment par une politique fiscale qui pénalise les importations (donc les rentrées douanières) et par des failles importantes dans la perception de ce qui est dû à l’Etat. Dès lors, fidèle à une double habitude de fuite en avant et de pressurisation du contribuable moyen ou pauvre, le gouvernement fait encore flamber les taux d’intérêt des bons du Trésor, pour se procurer tout de suite des liquidités au prix d’un alourdissement considérable de la dette publique; et il envisage une hausse sensible l’an prochain du barème numéro neuf, autrement dit de la taxation d’innombrables produits importés de première nécessité ainsi que le relèvement substantiel encore une fois de la taxe mécanique. Une mesure qui menace le pays d’une nouvelle vague inflationniste pouvant rabaisser de moitié le pouvoir d’achat des salariés. Obstiné, le ministre délégué aux Finances M. Fouad Siniora répète que les dépenses et la réduction du déficit budgétaire ont un prix que le peuple doit payer, qu’elles nécessitent des ressources nouvelles, que pour sa part il ne voit que le barème numéro neuf du moment qu’on lui a refusé le droit d’augmenter l’essence et que les solutions de rechange qu’on lui propose ne valent rien en pratique car elles impliquent un effort de bonne perception dont l’Etat est incapable… Cette attitude rigide va certainement susciter de vigoureuses critiques lors du débat sur le budget.

Une plaie
toujours béante

— Autre sujet de tension, la polémique sur les élections municipales prévues pour le printemps prochain. Les points contestés sont nombreux mais c’est la volonté du pouvoir de procéder bien plus à des désignations qu’à des élections qui soulève le plus d’objections et là aussi il risque d’y avoir de la bagarre lors de l’examen du projet place de l’Etoile.
— Le dossier socio-économique, plaie toujours béante, le semi-échec de la contestation syndicale jeudi dernier n’étant pas à prendre en compte dans la mesure où tôt ou tard la grogne populaire, canalisée ou non, exprimée ou non au niveau de la rue, va se cristalliser en une dure tension permanente engendrant probablement plein de grèves perlées, sectorielles ou élargies. D’autant que le plus grand employeur du pays, à savoir l’Etat lui-même, refuse jusque-là d’honorer les engagements pris il y a deux ans de relever le barème des salaires dans les services publics en faisant valoir qu’il n’a pas les 600 milliards de LL que cela coûterait, surtout qu’il lui faut débourser 150 milliards pour Balbeck-Hermel et le Akkar, à cause de Toufayli…
E.K.
Les choses vont si bien en ce moment dans ce pays de cocagne qu’une seule question court sur toutes les lèvres: la dégringolade générale de la situation ne risque-t-elle pas de compromettre le processus de passation de pouvoir dans un an entre le président Elias Hraoui et son successeur? Pourra-t-on assister à un changement de personne à la tête de l’Etat dans le calme et à travers l’exercice d’une saine, d’une tranquille démocratie? Le président de la République sera-t-il en mesure de remettre au prochain locataire de Baabda les clés d’une nation jouissant d’une solide stabilité sécuritaire, politique, financière, économique et sociale?Va-t-on au contraire subir une année de tiraillements acharnés et de tension exacerbée à cause des présidentielles, comme ce fut le cas en 1995 avant qu’on ne se...