Une majorité d’Américains semblait regretter hier que la jeune Britannique Louise Woodward, jugée coupable d’homicide involontaire, eut recouvré si vite la liberté, tandis que les parents du bébé décédé dénonçaient une décision insensée.
Alors que la décision du juge Hiller Zobel de requalifier lundi dernier sa condamnation de meurtre en homicide involontaire, puis de la condamner à ses 279 jours de détention préventive, a provoqué en Grande-Bretagne une explosion de joie, deux sondages contradictoires montrent le désarroi des Américains, qui s’étaient pourtant tout autant passionnés que les Britanniques pour cette histoire.
La moitié d’entre-eux est persuadée que la jeune fille au pair de 19 ans est responsable de la mort de Matthew Eappen, 8 mois, décédé d’une fracture du crâne en février et 52% pensent qu’elle n’aurait pas dû être libérée si vite, selon un sondage USA Today/CNN/Gallup.
Ils ne sont que 27% à croire à ses déclarations répétées d’innocence et 37% à penser que le juge a bien fait de la libérer.
Dans un autre sondage New York Post-Survey USA, 50% trouvent que le juge a eu raison de lui rendre la liberté: mais ce sont surtout les personnes âgées (à 58%) alors que chez les 18-34 ans, ils ne sont que 44% à trouver que le juge à bien fait.
L’impassibilité apparente de la jeune fille lorsqu’elle a appris sa libération, le fait qu’elle n’ait jamais eu un mot de regret pour la mort du bébé ont été relevés par de nombreux commentateurs. Ils ont également souligné qu’elle-même s’attendait à dix ans de prison.
Les parents du petit Matthew, un couple de jeunes médecins de Boston qui ont fui le Massachusetts en raison de la pression médiatique, ont eux qualifié d’insensée la décision du juge.
«D’un côté, il a reconnu que quelqu’un avait tué Matthew et, de l’autre, il la libère. Cela n’a aucun sens», a déclaré au «Boston Globe» le père de l’enfant, Sunil Eappen.
«Que dit (cette décision) sur la justice? Que vous pouvez fabriquer quelques larmes et vous êtes pardonnés? Que vous pouvez tuer un bébé et que votre jeunesse et votre inexpérience des bébés grognons comptent plus que la vie d’un enfant?» s’est insurgée Deborah Eappen, la mère du bébé.
«Louise a tué Matthew et le juge l’a admis mais ne lui a pas fait assumer ses responsabilités», a-t-elle regretté.
La presse américaine apparaissait mardi tout aussi divisée.
«La justice a été rétablie», titrait un éditorial du New York Times. Pour le quotidien, le juge a montré «du bon sens et de la pitié» en utilisant «le filet de sécurité mis à sa disposition par la loi du Massachusetts, pour servir la justice dans ces rares cas où un jury consciencieux prend une mauvaise décision».
Mais le quotidien «USA Today», à diffusion nationale, trouve que si le juge a bien fait de requalifier la condamnation de la jeune fille en homicide involontaire, il a «dépassé les limites de la pitié» en la libérant si vite.
Mardi, Louise Woodward goûtait dans un endroit tenu secret son premier jour de liberté, après neuf mois de prison.
Elle n’a fait aucune déclaration publique mais l’un de ses avocats Elaine Whitfield-Sharp a déclaré qu’elle était «reconnaissante envers le juge Zobel» et «heureuse d’être libre».
Ses avocats ont réaffirmé qu’elle ne quitterait pas le Massachusetts durant la procédure d’appel, tant l’accusation que la défense ayant annoncé qu’elles feraient appel de la décision du juge.
La défense, persuadée de l’innocence de la jeune fille, veut en effet obtenir un acquittement total. L’accusation, qui s’est dite «malade» et «assommée», réclame une condamnation plus importante. Un des procureurs, Martha Coakley, a affirmé mardi sud ABC qu’elle trouvait «inexplicable» le «virage à 180 degrés» du juge Zobel.(AFP)


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