Certaines des nations les plus pauvres et les plus riches du monde se retrouvent à Hanoi pour le sommet de la francophonie afin de réaffirmer une langue et une culture communes, mais également cette fois-ci pour construire une coopération économique.
Les observateurs ne s’attendent toutefois pas à des résultats spectaculaires en matière d’accroissement des flux commerciaux ni de l’investissement entre les 49 pays membres du mouvement francophone. Il faut davantage que le ciment d’une langue commune pour construire des fondations économiques solides entre des pays si disparates, soulignent-ils.
«La francophonie est si hétérogène. Vous avez essentiellement quelques pays européens, le Canada et un groupe d’anciennes colonies françaises sous-développées en Afrique», explique un économiste francophone basé à Hanoï. «Il est bien sûr souhaitable d’accroître le commerce, mais on ne peut pas s’attendre à grand chose», ajoute-t-il.
Cet économiste souligne aussi que les pays développés de la francophonie ont des forums plus adaptés pour discuter sérieusement de l’économie, comme le G7 ou le G15 pour la France et le Canada, ou l’Apec (forum de coopération économique en Asie-Pacifique) pour le Canada.
La coopération économique se fait essentiellement au sein de la francophonie entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique, mais à l’aube du XXIe siècle, les pays francophones européens se tournent prioritairement vers l’Asie.
Sur les 49 pays membres de la francophonie, 24 n’ont aucun lien économique avec le pays hôte, le Vietnam, une situation qui a peu de raison de changer après le sommet. Certains pays africains francophones comme le Burkina Faso, la Mauritanie ou la Guinée ont des relations diplomatiques avec Hanoi mais leurs ambassadeurs sont basés à Pékin.
Toutefois, comme l’explique un diplomate européen, en tant que hôte du sommet, le Vietnam avait de très bonnes raisons de choisir le thème de la coopération économique.
Pragmatisme
«C’est artificiel et le Vietnam le sait, mais ce qui compte c’est qu’ils ne veulent pas insister sur la dimension politique du mouvement», dit-il.
Le Vietnam veut s’assurer que le mouvement francophone n’est pas trop politisé, une approche partagée par certains Etats africains dans un contexte de forte domination française sur le mouvement, explique-t-il.
«Ils ne veulent pas que la dimension politique soit trop forte sinon cela risquerait de toucher à l’intégrité des Etats», ajoute-t-il.
Les motivations de Hanoi avec le choix d’un thème économique ont été purement pragmatiques, souligne un diplomate francophone.
«Quelle occasion pour le Vietnam, et une occasion de rentrées économiques aussi. Hanoi utilise un autre instrument pour se faire des relations politiques et économiques», dit-il.
Le sommet offre aussi la possibilité rare au Vietnam d’exposer au monde la vitrine de sa politique économique de «doi moi» (renouveau), avec l’arrivée de 2.000 délégués et 600 journalistes pendant trois jours.
C’est aussi l’occasion pour Hanoi de faire une répétition générale du sommet en 1998 de l’Association des nations du sud-est asiatique, un groupement régional où l’économie joue en revanche un rôle décisif.
En tant que hôte du sommet, le Vietnam a déjà engrangé des bénéfices de cette conférence internationale, avec les contributions généreuses des pays francophones développés qui ont financé un certain nombre de construction d’ampleur et des rénovations dans Hanoi. (AFP)


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