Depuis la prise du pouvoir en mai dernier par une junte de jeunes officiers à Freetown, une autre junte, dirigée depuis plus de quatre ans par un général trois étoiles, Sani Abacha, a juré sa perte.
Sans attendre les sanctions internationales, qui n’ont pas manqué quelques mois plus tard, le contingent nigérian de la force ouest-africaine de paix, l’ECOMOG, a commencé à serrer la vis, avertissant les transporteurs internationaux qu’aucun avion ou bateau ne serait autorisé à ravitailler la Sierra Leone.
Pourtant, l’embargo, avalisé beaucoup plus tard par la sous-région et les Nations Unies pour chasser la junte, ne porte que sur les armes et le carburant.
Aujourd’hui, l’ensemble des frontières sont fermées de facto, tandis que l’aéroport international de Freetown, contrôlé par l’armée nigériane, n’a vu se poser aucun appareil commercial depuis les évacuations de ressortissants étrangers début juin.
«C’est une armée d’occupation» a estimé, dans un discours à la nation, le commandant Johnny Paul Koroma, chef des militaires au pouvoir à Freetown.
Il a dénié au Nigeria le droit de maintenir des troupes sur le territoire sierra-léonais.
«Ce sont des barbares, ils aiment trop les ressources de notre pays et nos femmes», assure pour sa part un civil qui se désole que la junte ait accepté de quitter le pouvoir dans les six mois.
Selon les accords de paix signés le 23 octobre à Conakry avec les représentants des pays de la sous-région, dont le Nigeria, la junte doit quitter la présidence le 22 avril prochain, après un «désarmement des combattants».
L’armée écœurée
«Le Nigeria n’est pas neutre dans ce conflit. Il ne peut en aucun cas prétendre désarmer l’armée régulière sierra-léonaise», s’insurge Allieu Kamara, diplômé de sciences politiques aux Etats-Unis et devenu porte-parole du gouvernement. «Nous ne sommes pas contre d’autres contingents, mais contre celui du Nigeria», a-t-il ajouté.
Pour le commandant Koroma, ces troupes «doivent elles aussi être considérées comme des combattants» et donc désarmées.
«Comment la communauté internationale peut-elle laisser faire le Nigeria? Comment les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pourraient-ils mandater le Nigeria pour diriger la force régionale de paix?» se demande Allieu Kamara.
«Les violations de droits de l’homme, le refus de la démocratie, la suspension du Commonwealth, ce n’est pas nous, c’est Abuja», ajoute-t-il.
«Est-ce que lorsque toutes les populations de Sierra Leone seront mortes sous les bombardements nigérians, la communauté internationale viendra ramasser nos cadavres au nom de la démocratie?«, s’est-il demandé.
«Laissez-nous régler nos problèmes nous-mêmes, le Nigeria n’a rien à voir dans nos affaires, si ce n’est la communauté d’intérêts sordides et financiers qu’entretient le président déchu (Ahmad Tejan Kabbah que les Nigérians se sont jurés de rétablir au pouvoir) avec le régime d’Abuja» a estimé le porte-parole.
«N’oubliez pas que Kabbah a été condamné pour corruption dans son pays il y a quelques années et que son fils est en détention aux Etats-Unis pour trafic de drogue» ajoute un autre partisan de l’armée qui se dit «écœuré par les démocrates qui ne connaissent pas le pays mais veulent lui dicter sa conduite».
«Il faut faire comprendre aux Nigérians que nous ne voulons plus d’eux, c’est ce que nous faisons par des contacts directs avec leurs militaires» déclare pour sa part Sedu Turay, ministre de l’Information de la junte.
«Nous ne faisons pas de provocation en demandant leur départ, mais ils sont très mal placés pour donner des leçons», ajoute-t-il.
«Les bombardements nigérians ont déjà fait trop de morts (plusieurs centaines, selon la junte). Si les pays voisins veulent nous aider, qu’ils le fassent sans le Nigeria», estime Allieu Kamara pour qui l’heure est venue de défendre la Sierra Leone contre «l’ennemi nigérian». (AFP)


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