La saga de la Pfiesteria piscicida, un microbe infestant les voies d’eau de la Caroline du Nord, de la Virginie et du Maryland, a secoué pendant tout l’été les régions littorales de ces trois Etats.
Les photos de poissons morts flottant à la surface des rivières, la chute des prix chez les poissonniers, les rumeurs sur les cas d’intoxication chez l’homme ont alimenté les pages des journaux régionaux.
Le responsable, le Pfiesteria piscicida, est un résident habituel de ces eaux. Inoffensif en général, il peut développer des toxines dangereuses lorsque le milieu aquatique dans lequel il vit est pollué. Lorsqu’il s’attaque aux poissons, il les empoisonne et crée des lésions sur leur corps.
Mais il peut également toucher l’homme lorsque celui-ci touche l’eau ou même s’il respire l’air juste au-dessus de la surface. L’intoxication se traduit notamment par des maux de tête, des pertes de mémoire, des démangeaisons ou des diarrhées.
Devant cette soudaine pollution, les autorités locales ont eu des réactions très différentes. «Nous ne voulons pas que se développe une réaction hystérique tant qu’il n’est pas sûr qu’une telle sorte d’émotion est méritée», avait déclaré en juillet Jerrauld Jones, président d’une commission sur la baie de Chesapeak et ses affluents.
Par contre, le gouverneur du Maryland, Parris Glendening, avait joué la prudence en fermant provisoirement à la pêche et à la baignade trois rivières de l’Etat.
Les présumés responsables ont été très rapidement désignés: les agriculteurs qui déversent sur leurs terres, nitrates et phosphates avec les engrais, et les producteurs de porcs et de poulets, qui polluent avec excréments et fientes.
Dans un premier temps, ils ont refusé d’être considérés comme les coupables. Mais en acceptant de signer cette semaine avec l’administration fédérale un accord pour la protection des cours d’eau, les agriculteurs du Maryland ont implicitement accepté une part de responsabilité.
Cet accord, signé par le vice-président Al-Gore et les autorités du Maryland, prévoit d’offrir aux agriculteurs 250 millions de dollars pour qu’ils laissent en jachère 40.000 hectares de terres et qu’ils plantent des arbres le long des rivières se jetant dans la baie afin d’assurer un filtrage des polluants.
Certaines études indiquent en effet qu’une forêt placée entre des terres cultivées et un cours d’eau pouvait supprimer jusqu’à 90% des produits azotés qui se déverseraient autrement dans l’eau par infiltration. De telles plantations limiteraient également l’érosion des sols.
D’ici à l’an 2002, prévoit ce texte, des arbres devraient ainsi être plantés sur plus de 8.000 km de rives.
En signant cet accord, le vice-président américain a souligné qu’il pouvait être considéré comme un modèle et s’appliquer à d’autres régions, rappelant que «la propreté de l’eau n’est pas une question régionale, mais nationale».
Ces mesures ne rassureront toutefois pas complètement les populations des sept Etats de la côte sud-est du pays, qui attendent les résultats d’une large enquête menée du Delaware à la Floride par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) pour déterminer quel impact a eu sur l’homme la prolifération du Pfiesteria piscicida. (AFP)


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