Il est vrai que s’endetter est devenu un luxe que le Liban ne peut plus se permettre puisque le ratio de la dette sur le PIB est entre 80 à 90% alors qu’il ne doit pas dépasser les 60% selon les normes européennes.
Cela, sans oublier que le déficit budgétaire divisé par le PIB est aux alentours de 20 à 21% (juste après le Liban, la Turquie enregistre 8%; c’est dire comme nos chiffres sont mauvais); et que dans les meilleures des hypothèses, le PIB n’augmenterait pas de plus de 3% cette année.
Augmenter les ressources
alternative prioritaire
L’instauration de nouvelles taxes et notamment une surtaxe de 5.000L.L. du prix de l’essence doit assurer le remboursement des 800 millions USD du projet d’emprunt présenté par le premier ministre.
Pourquoi donc ne pas recourir à d’autres «moyens» de remboursement qui ne toucheraient pas «indifféremment» tous les citoyens et pourquoi ne pas avoir préalablement discuté tant avec les parlementaires qu’avec les organismes économiques de cette décision d’envergure nationale?
En réponse à cette question, les ministres proches de M. Hariri se disent attachés à ce projet autant qu’ils sont disposés à tout dialogue impliquant des modifications et diverses améliorations. «Mais il nous faut absolument augmenter et diversifier nos ressources», insiste à ce propos, le ministre d’Etat pour les Affaires financières M. Fouad Siniora.
Il poursuit: «Bien sûr qu’il faut rationaliser les dépenses mais cela ne suffit pas; les ressources actuelles de l’Etat sont faibles».
Pourquoi alors ne pas recouvrir par exemple, à l’effet de financer les projets de développement contenus dans le projet de M. Hariri, aux montants inutilisés des prêts accordés au Liban?
M. Siniora répond: «Le total des prêts accordés au Liban depuis 1993 est de 1717 millions USD. Près de 800 millions USD ne sont pas encore utilisés mais ces 800 millions sont déjà alloués à des projets bien déterminés et qui sont en marche, en partie pour la supervision du CDR.
Pourquoi pas une taxe sur les bons du Trésor, comme l’a proposée M. Walid Joumblatt lors d’une interview télévisée et qui aurait pour effet d’inciter les gens à placer également dans des projets productifs?
M. Siniora répond que cette proposition et toute autre hypothèse impliquant une restriction quelconque de la liberté de change est à écarter tant elle est à même de nuire à l’image du Liban comme pays stable, attrayant pour les investisseurs.
Idem, en ce qui concerne le fait de ne pas toucher à l’imposition sur le revenu des sociétés, fixée à 10%.
A ce propos d’ailleurs, plus d’un expert financier libanais défendent cette notion de «stabilité» au regard des investisseurs étrangers; forts de la récente expérience malaise qui a conduit, en une semaine, à une décapitalisation de 127 milliards de USD.
L’absence problématique
du censeur
Ne fallait-il pas dès le départ, «fixer les priorités» de façon à ce qu’elles soient la résultante d’un accord plus ou moins national?
M. Siniora répond à ce propos que «les priorités auraient dû résulter d’une collaboration entre le gouvernement et le Parlement. Celui-ci nous a réclamé un scénario macro-économique que nous lui avons finalement présenté. Mais en fait personne ne l’a étudié. Tout ce que nous avons récolté ce sont des propositions de lois soit qui affectent les recettes soit qui imposent de nouvelles charges au Trésor». Et de déplorer dans ce sens, l’incapacité du Parlement libanais à jouer un des rôles principaux qui doit être le leur à savoir un rôle de «performance audit», autrement dit de censeur, de régulateur de la «performance».
Sans doute que finalement le Liban n’est pas un cas unique de pays appelé à résoudre cette combinaison de problèmes. Mais ce qui est aberrant c’est d’appréhender le problème du gaspillage — le problème majeur — comme un fait — voire même une donne — libanais contre lequel personne ne peut rien, parce qu’en somme, tout le monde — les gens du pouvoir s’entend — y trouve son compte.
Nayla ABI KARAM


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