Les douze démissionnaires ont estimé dans une lettre au maire de la ville Gholamhossein Karbatschi que les conditions actuelles «ne leur permettent plus» de poursuivre leur mission rapporte la presse iranienne.
M. Karbatschi a refusé leur démission et les a appelés à «poursuivre leur mission au service de la ville, avec fermeté et autorité».
La semaine dernière six des vingt maires d’arrondissement ont écrit au nouveau président Mohammad Khatami, pour exprimer leurs craintes face à la «vague de peur, de terreur et d’insécurité» dont sont victimes les responsables municipaux, et accuser l’aile conservatrice du régime de vouloir déstabiliser l’administration de la capitale.
La mairie de Téhéran fait l’objet depuis deux mois d’une vague d’arrestations sans précédent, motivée officiellement par des affaires de corruption.
Outre quatre maires d’arrondissement, plusieurs proches collaborateurs de M. Karbatschi ont été mis sous les verrous depuis le mois de juin pour des pots-de-vin ou des détournements de fonds, un fléau aujourd’hui endémique dans l’administration iranienne.
Le Guide de la Révolution (numéro un du régime), l’ayatollah Khamenei, et de hauts responsables judiciaires conservateurs avaient annoncé en juin dernier leur volonté de relancer la lutte contre la corruption après que la presse eut fait état de plusieurs «affaires».
Le puissant et moderniste maire de la capitale est régulièrement la cible d’attaques de la part des milieux conservateurs, qui lui vouent une haine tenace en raison de sa politique culturelle aussi ouverte que possible et son engagement au sein de la faction modérée du régime.
Proche de l’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, M. Karbatschi a mis tout son poids dans la victoire du réformateur Mohammad Khatami lors de l’élection présidentielle de mai dernier.
M. Karbatschi est très populaire parmi ses administrés pour ses nombreux et souvent audacieux travaux d’aménagement d’une ville de près de 10 millions d’habitants dont la population a triplé en vingt ans. La hausse des impôts et des prix de l’immobilier lui valent cependant de nombreuses critiques.
Début août M. Karbatschi avait dénoncé, après les premières arrestations, «une campagne politicienne destinée à m’empêcher d’assumer mes fonctions». «Le mouvement politique qui a perdu l’élection présidentielle semble vouloir prendre sa revanche», avait-il ajouté dans une allusion aux conservateurs.
Les cercles conservateurs, puissants dans l’appareil judiciaire, ont répliqué en accusant le maire de porter atteinte à «l’indépendance de la justice».
«Certains intérêts liés à la municipalité essaient de détourner l’attention et d’affaiblir la justice en affirmant que les affaires ne sont que politiques», a affirmé récemment un député conservateur, Razavi Ardakani.
Le journal (Kayhan), proche des milieux durs du régime, a publié un long compte-rendu du procès d’un des maires d’arrondissement, Davoud Tajderan, qui aurait admis avoir accordé des passe-droits à des entrepreneurs pour qu’ils financent en contrepartie ses activités politiques.
M. Karbatschi, 44 ans, a été nommé à la tête de la capitale iranienne(la fonction n’est pas élective) il y a huit ans, mais les observateurs lui prêtent des ambitions plus larges.(AFP)

