Lors de sa dernière parution, le bulletin mensuel de la Banque centrale précise que l’indicateur synthétique pour le mois de juillet était en hausse. Le coefficient publié est de 177,8 contre 174,1 en juin 97. Toutefois, il faut noter que cela représente une légère baisse de 1,1% de l’activité pour la même période du mois de juillet comparée à l’année dernière; cette petite décélération a été d’ailleurs compensée par l’augmentation de 2,87% du même indice, pour la période du mois de juin. La balance cumulée des paiements accuse un excédent de 782,8 millions de dollars. La livre libanaise poursuit son appréciation face au dollar, malgré un net assouplissement des interventions de la Banque centrale sur les marchés. Le bilan des banques pour la période de juillet a atteint une hausse de 26,76%. Les capitaux affluent vers le Liban régulièrement malgré un léger tassement cet été. Tous ces paramètres sont encourageants, mais répétitifs et peut-être, toutefois, un peu loin du quotidien des Libanais.
En fait, le véritable ballon d’oxygène financier, l’élément tangible de la relance économique, a résidé dans la saison d’été. En effet, tous les experts (et les commerçants!) s’accordent à dire que la saison a été une réussite économique. Le tourisme et les Jeux panarabes ont apporté un énorme souffle de liquidités, et l’effet de cascade sur l’économie libanaise, notamment, sur la consommation, a eu lieu. Ainsi, même si les livraisons de ciment ont, relativement à la saison, quelque peu stagné, l’immobilier qui était figé depuis plus d’un an a repris. Les appartements dont les prix sont raisonnables et adaptés au marché se vendent à nouveau et certains immeubles neufs à usage de bureaux ont déjà dépassé leurs objectifs annuels de remplissage.
Pour les experts de la banque Audi, au-delà de l’indispensable assainissement budgétaire, les voies du redressement de l’économie libanaise passent par la recherche de la croissance la plus élevée possible. Ce n’est qu’une fois cette croissance assurée que les réformes pourraient être entreprises aux plans du plein emploi, de la fiscalité et de la sécurité sociale, les marges acquises permettant le financement de ces réformes. Le budget, toujours selon les mêmes experts, a toujours représenté un outil de redistribution du revenu. Le renforcement du niveau réel du revenu national passe donc par le développement des exportations et des investissements productifs qui apparaissent aujourd’hui comme les deux éléments clés du processus de croissance. Le raisonnement est logique et la règle appliquée est rigoureuse en économie, mais pour autant, il n’y a pas de croissance fondamentale et significative sans investissement dans les secteurs aptes à produire cette croissance (qui passe d’ailleurs pour le Liban par les exportations). Ces secteurs sont eux aussi ceux qui créent le plus d’emplois, même s’ils sont moins rentables que la spéculation; mais ils nécessitent pour le Liban des investissements très importants globalement qui dépassent largement la capacité du secteur privé en terme de fonds propres. L’ensemble des secteurs productifs doivent financer leurs investissements à l’aide de crédits bancaires. Ceux-ci ont été d’ailleurs largement mis ces derniers temps à la portée des industriels et des entrepreneurs en général. Pour autant, là aussi existent des règles aussi pragmatiques que fondamentales en micro-économie: l’une d’entre elles commande que l’endettement d’une entreprise ne dépasse par les retours sur investissement. Autrement dit, la capacité de l’entreprise à produire des marges ne doit pas être entièrement absorbée par les frais financiers. Or, au Liban les crédits à long terme (10 à 20 ans) se font extrêmement rares, voire inexistants, en raison de la notion de «pays à risque» qui pèse encore. Par conséquent, l’unique voie qui conduirait au déblocage de la situation serait une baisse sensible des taux d’intérêt qui s’inscrivent globalement encore au-dessus de la barre des 12%.
Pour laisser la place encore une fois à des spécialistes, les deux variables qui agissent sur les mouvements d’exportations sont le taux de change et le taux d’intérêt. Le niveau du taux de change est lui déterminé par la position concurrentielle du Liban face à ses principaux partenaires commerciaux. Quant au taux d’intérêt réel, il devrait être très faible en raison de l’activité médiocre au niveau des exportations. Par répercussion, il en va de même pour l’industrie, l’agriculture et le tourisme. Pour autant, rien n’a été mentionné à ce sujet lors du dernier forum économique lancé par le premier ministre. Mais, peut-être, la Banque centrale nous réserve-t-elle une surprise à ce propos, à l’heure d’une rentrée qui pourrait s’annoncer moins morose que celle de l’année dernière. Une baisse des taux permettrait au ballon d’oxygène de devenir une réelle relance économique pour tous.
Gérard de HAUTEVILLE

