«On peut — ce n’est qu’une supposition — envisager l’avenir de l’ ‘establishment’ de ce pays et se demander si Fayed en a franchi les douves pour venir frapper à la porte du château», écrit ainsi le «Guardian».
Cette métaphore médiévale, un rien énigmatique pour qui n’est pas rompu aux arcanes du Tout-Londres, rappelle que malgré sa prodigieuse réussite financière, l’Egyptien Mohammed Fayed n’a jamais été totalement accepté par la haute société du royaume.
Lorsque sa demande de nationalité britannique s’est heurtée à un refus, l’homme ne s’est pas privé de rappeler qu’il vivait en Grande-Bretagne depuis trente ans, y employait 6.000 personnes et versait au fisc de Sa Majesté des millions de livres sterling par an.
Une image malhonnête
Mais Londres a fort peu prisé les conditions dans lesquelles ce magnat des affaires a racheté le célébrissime magasin Harrod’s, fleuron hyper-british s’il en est.
Le rapport que le ministère du Commerce et de l’Industrie a consacré à l’affaire se termine par une véritable volée de bois vert: «Les Fayed, peut-on y lire, ont donné une image malhonnête de leurs origines, de leur richesse, de leurs intérêts financiers et de leurs ressources».
Pour ne rien arranger, Mohammed Fayed a reconnu avoir discrètement «subventionné» certains députés pour qu’ils posent telle ou telle question le concernant à la Chambre des Communes. Le scandale suscité par ces révélations a certainement contribué à la défaite des consevateurs lors des dernières élections britanniques.
Tout cela contraste étrangement avec les honneurs que le magnat égyptien a reçus à Paris, où il a rendu sa splendeur passée à l’hôtel Ritz et restauré l’ancienne ville du duc et de la duchesse de Windsor. La France lui a décerné la Légion d’honneur et le président Chirac ne lui a pas ménagé les propos élogieux.
Quoi qu’il en soit, la presse londonienne semble oublier un léger détail: pour que les amours de Lady Di favorisent la naturalisation à laquelle aspire Fayed, il faudrait qu’il soit au moins vaguement question de mariage.
Pour l’instant, c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Le père de Dodi ne voit d’ailleurs pas aussi loin: «Je ne sais pas ce que sont leurs projets d’avenir, mais tant qu’ils sont tous deux heureux, cela me réchauffe le cœur», dit-il avec une sagesse (affectée ?) de patriarche levantin. (Reuter)


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